66. Les maux du sens
Après l’espèce de séisme qui a lézardé mon bel édifice, je tente non pas vraiment de recoller les morceaux, mais de combattre la dénotation sur le terrain que je lui ai cédé dans mon désir de moucher les tenants du sens de la phrase.
Il ne fait aucun doute que si l’on admet la primauté de la référence dans le langage, le grand perdant est le sens. D’une certaine façon, on peut avancer que c’est illogique. Ne faut-il pas comprendre le mot avant de pouvoir lui trouver un référent dans la situation ? Je me place encore ici, comme toujours, du point de vue du récepteur, du lecteur, de l’interprète.
Si quelqu’un me dit (admettons que Lexis soit quelqu’un) la phrase de Duras : “elle eut un sourire d’une hypocrite timidité”, (et qu’il y a quelqu’un dans le coin qui sourit timidement), mon regard se portera sur le sourire pour en juger la fausseté. Le référent est donc second. Le sens est premier. Mais me direz-vous, ce n’est que par un tour de passe-passe qu’on donne au mot sourire un sens, car il s’agit bien d’un phénomène physique (musculaire). Bien sûr, il n’est pas question de soutenir que la dénotation est la partie stable du sens, même si le mot colonne désigne une chose physiquement stable (bon, seule, elle peut osciller).
Rastier a beau ricaner à propos de la spatialité dans les sciences cognitives, si l’on ne construit pas les rapports dont il est question, on n’y verra que du feu. Ou comme Saussure on n’y verra que les deux côtés d’une feuille de papier. Sans me mêler de perception, entre la forme sourire (entendue) et la représentation SOURIRE (référent), il y a sa description (puisqu’il n’a pas de sens en tant que mouvement des lèvres, mais uniquement en tant qu’usage social), car c’est une action perceptible, donc le terme qui la désigne est doté de dénotation (classe des sourires). Il n’y a pas deux parties du signe, pas plus que la philosophie ne tourne autour d’un couple unique formé du sujet et de l’objet.
L’objet sourire qu’il soit ou non timide ou hypocritement timide est déjà complexe, avant que je le constate [le = le sourire]. Forme-description (objet intérieur au sujet)-dénotation-désignation-réalité-représentation (en trois temps, sourire-classe, sourire perçu [désigné], objet cognitif-sourire).
Et je ne suis pas sûr d’avoir fait scrupuleusement le tour. On comprend peut-être mieux pourquoi il faut faire un dessin. On n’est jamais sûr de son fait. Regardez Frege qui croyait que les noms propres avaient un sens… Il y a une maigre consolation dans tout cela : sens ou référence du nom propre, priorité à la dénotation ou pas, sans le sujet, il n’y a pas de signe, donc point de chant. schnauzer
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