Archives de juillet, 2010

66. Les maux du sens

19 juillet 2010

Après l’espèce de séisme qui a lézardé mon bel édifice, je tente non pas vraiment de recoller les morceaux, mais de combattre la dénotation sur le terrain que je lui ai cédé dans mon désir de moucher les tenants du sens de la phrase.

Il ne fait aucun doute que si l’on admet la primauté de la référence dans le langage, le grand perdant est le sens.  D’une certaine façon, on peut avancer que c’est illogique.  Ne faut-il pas comprendre le mot avant de pouvoir lui trouver un référent dans la situation ?  Je me place encore ici, comme toujours, du point de vue du récepteur, du lecteur, de l’interprète.

Si quelqu’un me dit (admettons que Lexis soit quelqu’un) la phrase de Duras  :  “elle eut un sourire d’une hypocrite timidité”, (et qu’il y a quelqu’un dans le coin qui sourit timidement), mon regard se portera sur le sourire pour en juger la fausseté.  Le référent est donc second.  Le sens est premier.  Mais me direz-vous, ce n’est que par un tour de passe-passe qu’on donne au mot sourire un sens, car il s’agit bien d’un phénomène physique (musculaire).  Bien sûr, il n’est pas question de soutenir que la dénotation est la partie stable du sens, même si le mot colonne désigne une chose physiquement stable (bon, seule, elle peut osciller).

Rastier a beau ricaner à propos de la spatialité dans les sciences cognitives, si l’on ne construit pas les rapports dont il est question, on n’y verra que du feu.  Ou comme Saussure on n’y verra que les deux côtés d’une feuille de papier.  Sans me mêler de perception, entre la forme sourire (entendue) et la représentation SOURIRE (référent), il y a sa description (puisqu’il n’a pas de sens en tant que mouvement des lèvres, mais uniquement en tant qu’usage social), car c’est une action perceptible, donc le terme qui la désigne est doté de dénotation (classe des sourires).  Il n’y a pas deux parties du signe, pas plus que la philosophie ne tourne autour d’un couple unique formé du sujet et de l’objet.

L’objet sourire qu’il soit ou non timide ou hypocritement timide est déjà complexe, avant que je le constate [le = le sourire].  Forme-description (objet intérieur au sujet)-dénotation-désignation-réalité-représentation (en trois temps, sourire-classe, sourire perçu [désigné], objet cognitif-sourire).

Et je ne suis pas sûr d’avoir fait scrupuleusement le tour.  On comprend peut-être mieux pourquoi il faut faire un dessin.  On n’est jamais sûr de son fait.  Regardez Frege qui croyait que les noms propres avaient un sens…  Il y a une maigre consolation dans tout cela :  sens ou référence du nom propre, priorité à la dénotation ou pas, sans le sujet, il n’y a pas de signe, donc point de chant.  schnauzer

65. Brève sans comptoir

3 juillet 2010

Acte de présence plutôt.  Je viens d’apprendre sur la page Oueb de Libé qu’un père de famille s’était suicidé après avoir tué toute sa famille… et qu’il était sous antidépresseurs.  Je me suis aussitôt demandé quelle marque et quelle dose et les prenait-il régulièrement ?  Moi-même, surdosé, si je les prends au moins toutes les vingt-quatre heures, je ne suis pas chronométré.

Sans faire de mauvaise publicité, je prends une marque d’origine danoise.  Le surdosage n’a pas d’autre effet négatif que le vertige et les pertes d’équilibre (physique), mais il ne fait que contribuer à l’effet général des autres médicaments 1) hypertension (2 types), 2) goutte, 3) sommeil (2 types) avant le dodo.  Le clonazépam est en dose minime (je n’ai jamais été tenté de doubler), mais avec l’hydrate de chloral la tentation, en cas d’agitation, est souvent trop forte et j’ajoute une cuillerée (2,5 ml), mais pas ces temps-ci.

L’idéation suicidaire est variable.  Mais trop souvent je revis des épisodes pénibles (à l’état de veille comme en rêve, c’est-à-dire en cauchemar).  Je dirais comme le poète, il n’y a pas de rêve heureux.  Mes schnauzers sont mes meilleurs antidépresseurs, même si quelquefois leur enthousiasme m’excède.  Je prends la grosse voix ou je tape dans mes mains pour les rappeler à l’ordre.  Ils prennent alors un air qui va du perplexe à l’inquiet.  Comme toute peine mérite salaire, ils savent que je finis par leur donner quand même leur récompense.  La conséquence des enfants gâtés (drôle de tournure) c’est leur tyrannie.

Je pense en outre que le garçon aîné devient un peu sourd et ne se rend pas compte qu’il aboie très fort, sa soeur (même portée), elle, ce sont les cataractes.  Ils ont douze ans, suivi par Zoé, onze ans et Moustache, dix ans et demi.  Même famille.  Le vétérinaire prétend qu’ils sont gris, mais il n’y a pas de schnauzers gris.  En réalité ce sont des poivre et sel qui passent le plus clair de la journée dehors quand le temps le permet (et que je ne dors pas pour chasser les idées noires qui reviennent au galop).  Ils ont en fait une couleur argentée, sauf Zoé qui est moins portée sur le plein air.

Leur cousin américain (qui figure sur ma photo) qui nous a quitté il y a sept ans était poivre et sel, mais il a vécu en appartement à Montréal jusqu’à l’âge de neuf ans ; nous sortions trois ou quatre fois par jour (et même la nuit), mais on ne voyait pas souvent le soleil.

J’ai entamé la collecte et l’analyse d’un corpus de phrases pour essayer de vider la question de la dénotation.  Cela ne se fera pas sans mal, car il est parfois très difficile de départager a) le notionnel du sens et même b) la dénotation matérielle du sens quand il s’agit de verbes, décrivant notamment des actions.  C’est pourquoi j’ai mis à jour le sagittal des relations (leur représentation sous forme de sémiogramme fléché), modèle graphique des catégories cognitives de l’ancienne grille d’intelligibilité.  Le sagittal des relations est ici sur la page “relation”.  Je dois m’assurer que “sens et dénotation” comporte aussi celui des catégories.

Oui, c’est le travail, comme une taupe, qui me sauve sans doute.  Allusion à ma forte myopie d’enfance, que le chirurgien m’opérant des cataractes a réglé en plaçant des lentilles dans l’oeil.  Je porte quand même des lunettes quand je suis devant l’écran de l’ordinateur (plus de télévision par économie).  Seul cet acharnement, malgré la propension à l’erreur quand je ne suis pas en forme [ce qui est fréquent], peut lutter contre les épisodes que je considère semblables à l’ecmnésie de l’hystérie :  surgissement irrésistible de situations humiliantes passées, à propos de rien.  schnauzer