61. La réponse est « non »

Je parle naturellement de la question que je posais.  Depuis le dernier “billet”, comme disent les journalistes, j’ai planché sans désemparer.  Le résultat se trouve sur le site, même s’il fait l’effet d’un mouton noir.

Ou plutôt d’un loup déguisé en brebis.  Aucune crainte.  Je ne suis pas devenu frégéen, mais la théorie des opérations sémantiques doit maintenant, en l’espèce de son dernier grand texte (je parle de la taille), faire l’objet de retouches.  Heureusement, pas de remaniements majeurs.  Le modèle sémiocognitif en 3 phases ne bouge pas dans ses grandes lignes ni dans ses catégories ni dans ses principes d’ailleurs.  Ce qui change, c’est l’ordre des opérations en fonction de la nature des formes.

Je continue à penser que la tâche primordiale de la sémantique est la description des manifestations du sens, mais je ne fais pas machine arrière pour adopter une définition qui a cours depuis une vingtaine d’années au moins, sinon plus :  je ne fais pas de la dénotation la partie stable et fondamentale du sens d’une unité lexicale qui s’opposerait à la connotation.  Cf. « Ensemble des éléments fondamentaux et permanents du sens d’un mot (par opp. à l’ensemble des valeurs subjectives variables qui constituent sa connotation). »  (c) Larousse. (1996)  Repris dans l’encyclopédie Multimédia Hachette.

Si la sémantique sous l’effet de l’intrusion de la dénotation subit un effet « peau de chagrin », son champ n’en sera que mieux délimité.  Dénotation est alors à l’intérieur du phénomène plus général de la référence ce qu’avaient compris les philosophes, c’est-à-dire dans l’extension, l’identification de la classe à laquelle appartient un objet, que la langue courante considère comme la désignation, mais qui s’en distingue aussi, puisque la désignation est l’élection de l’objet réel (matériel) correspondant à la classe.  Dans le nom propre, généralement les deux se confondent.  Pour prendre un exemple connu, Vénus dénote la classe des planètes et désigne la deuxième planète du système solaire.

Vesper a le même référent, ainsi que l’étoile du soir et l’étoile matinière.  En effet, rien n’est simple dans le langage.  Frege voulait un objet idéel à côté d’un objet matériel, mais de ces objets, seul le matériel est distinct de sa représentation.  Le référent du génie qui supplée l’expérience est déjà de l’ordre de la représentation (objet de pensée ou objet cognitif).  C’est en quelque sorte ce qui sauve le sens de la ruine.  Non pas que l’objet notionnel soit le sens, mais qu’il l’oblige à se manifester.  L’expérience et le génie de mon exemple tiré du Petit Larousse de 1918 ont une dénotation notionnelle, mais elle ne s’explique que par une définition sémantique, c’est-à-dire sans contrepartie matérielle. Voir les graphiques correspondant dans la page Sens et dénotation ici même (marge de gauche).

On notera cependant que l’emploi comptable d’expérience puisse avoir un référent réel :  une expérience (sans nécessairement appartenir au domaine physique ou chimique), soit dans « vivre une expérience pénible ».  D’où ma suggestion que l’indirection (la négation de la dénotation) soit un phénomène de contexte verbal :  le syntagme et plus spécialement la sémiotaxie qui livre le paramètre qu’est la locution.

Ce que n’a pas noté Frege c’est que l’étoile matinière n’a pas la dénotation astronomique de la classe des corps célestes en question.  À distinguer de sa classe dans la langue courante où le Soleil perd sa dénotation d’étoile !  L’étoile avec ses syntagmes spécialisés se prête amplement à la démonstration que le sens se porte bien malgré l’apparition envahissante de la dénotation.

Si les phrases n’ont pas de sens (c’est-à-dire qu’elles ne sont pas des objets sémantiques), la dénotation permet au moins de couper les mots en quatre.  À la prochaine.  schnauzer.

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