Archives de juin, 2010

64. Les vertus de la relecture (bis)

28 juin 2010

Dans la premier billet portant le titre (sans le bis), je voulais évoquer le fait qu’en se relisant on en apprenait davantage souvent qu’à battre la campagne en quête d’une solution.  En effet, il est matériellement et intellectuellement impossible d’avoir en tête tout ce qu’on a (soi-même) écrit sur un sujet, surtout sur une période aussi longue que trente ans, malgré ou à cause de laps abyssaux (sots ?).

Mais je me suis aperçu en retournant à l’examen que j’ai fait de la phrase, que je devais aussi prendre le titre au pied de la lettre :   les deux pages écrites sur la question contenaient à défaut d’autre chose une ample collection de coquilles, de répétitions et de segments incompréhensibles.  Je sais que les médicaments que j’absorbe ont pour effet le vertige parfois, mais il faut croire que celui-ci a des conséquences cognitives.  Problème d’attention ?  Je commence une phrase et j’en termine une autre ?

De toute manière, il faudra repasser (comme disait ma mère).  Je ne vais pas en rester là, et je veux si possible étendre le corpus et passer en revue le plus grand nombre d’exemples et de noms, verbes et adjectifs, sans toutefois aller jusqu’à la nausée.

La difficulté que j’entrevois c’est la détermination non pas tellement de la dénotation ou du sens, mais bien comment trancher entre le matériel et le notionnel quand une définition est mixte, comme pour blanchâtre, = tirant sur le blanc.  Tirer n’est pas dénotatif, mais blanc… non, blanc est notionnel…

Le parcours sera semé d’embûches.  Mais blanchoyer = avoir un [reflet]R blanc.  Le R est le signe de la référence.  Du boulot en perspective.  Ah, j’oubliais.  Le texte 63 a été placé en complément à la page 2 de “Les phrases ont-elles un sens ?” À la prochaine.  schnauzer.

63. L’indirection réexaminée : sens et dénotation

24 juin 2010

La question du sens directindirect est liée à la dénotation (au sens philosophique et non au sens que certains linguistes emploient imprudemment [cf. « Ensemble des éléments fondamentaux et permanents du sens d'un mot (par opp. à l'ensemble des valeurs subjectives variables qui constituent sa connotation). » (c) Larousse (PLE)].  Après l’examen de la question du sens de la phrase et la prise en compte, dans la théorie des opérations sémantiques, de la dénotation comme « Propriété, distincte du sens, que possède un terme de pouvoir être appliqué aux êtres ou aux choses qui composent l’extension du concept auquel il correspond »PLE 2001, il a semblé nécessaire de reformuler certaines notions intervenant dans la description du sens et de la référence.

Si le sens est indirect, son « indirection » s’explique mieux par le rôle de la dénotation que par l’existence d’un sens qui serait « direct ».  L’expression « sens indirect » devient pléonastique, comme il se définit alors par une dénotation indirecte ou une indirection de la référence (℟).  Si l’on admet qu’une des fonctions fondamentales du langage consiste à « parler du monde » (ce qui ne veut pas dire qu’il y ait nécessairement communication), il faut tenir compte du fait que la ‘feuille de papier’ est une indirection par rapport à celle de l’arbre, mais comme elle « désigne » également un objet matériel, il s’agit dès lors de « redirection », ce que traditionnellement on voyait en métonymie, à cause de la contiguïté spatiale, causale ou partie-tout [synecdoque] ou encore en analogie produisant des catachrèses.

On en a encore l’exemple dans l’acception de ‘mélange’ comme « résultat de de plusieurs choses mêlées ensemble » qui est une indirection par rapport à celle de « action de mêler », mais comme elle, elle « désigne » également une action matérielle.  Il s’agit donc d’une « redirection »  L’indirection qui permet le sens n’apparaît que dans ‘bonheur sans mélange’.  C’est également le cas du verre d’eau (redirection :  l’eau dans le verre) et du verre de plastique (redirection de matière).  L’indirection —le sens— n’apparaît que dans ‘boire [prendre, payer, offrir] un verre’.  Dans le cas de la ‘minerve’, on a avec l’appareil orthopédique une redirection dénotative et avec l’expression de Rousseau « Fatiguez leur minerve » ≍ {intelligence | esprit} une véritable indirection, c’est-à-dire un sens ;  le deuxième graphique illustre le cas de ‘ressort’ d’après l’article du Petit Larousse 1918.  La page “Sens et dénotation” compte un graphique de plus.  schnauzer

62. Les vertus de la relecture

24 juin 2010

Et les avantages de l’ordinateur.  Commençons par celui-là :  sans lui je serais toujours en train de relire le millier de feuillets que doit compter mon site, à la recherche des expressions « sens direct », « sens indirect ».  En trois jours j’ai pu pourchasser les expressions en question et corriger l’impression qu’elles donnaient.  Non pas qu’elles soient entièrement fausses, mais la nouvelle perspective permet de mieux situer les notions (je ne parle jamais de concepts quand je parle de mes idées, sans doute de la fausse humilité).

Il faut aussi parler des vertus de l’éditeur xhtml dont je me sers comme d’un traitement de texte désormais depuis quatre ans.  Je me sers en ce moment de la version bêta 3 du prochain TSW WebCoder 2010.  Il parcourt 138 fichiers pour y effectuer la recherche le temps de le dire.

Cette recherche a donné lieu au billet qui suit, c’est-à-dire 63 (la fausse spatialité donne le vertige).  Mais j’ai également découvert que cela faisait un sacré moment que les notions en question faisaient l’objet de ruminations.  Et dire que le point de départ était une condition de la toute première règle d’interprétation sémantique mise au point entre 1980-82, dite « real world condition » (condition du monde réel), à propos de l’interprétation des locutions (salad days et jeter l’éponge, par exemple).

Le texte suivant est un concentré des diverses notes et mises au point qui ont été ajoutées dans les divers textes du site.  Le remaniement du modèle sémiocognitif [du schéma] (pour permettre le parallélisme dénotation-sens en première phase) se fera plus précisément dans le dernier modèle mis au point dans « De l’inférence sémantique ». schnauzer

61. La réponse est « non »

21 juin 2010

Je parle naturellement de la question que je posais.  Depuis le dernier “billet”, comme disent les journalistes, j’ai planché sans désemparer.  Le résultat se trouve sur le site, même s’il fait l’effet d’un mouton noir.

Ou plutôt d’un loup déguisé en brebis.  Aucune crainte.  Je ne suis pas devenu frégéen, mais la théorie des opérations sémantiques doit maintenant, en l’espèce de son dernier grand texte (je parle de la taille), faire l’objet de retouches.  Heureusement, pas de remaniements majeurs.  Le modèle sémiocognitif en 3 phases ne bouge pas dans ses grandes lignes ni dans ses catégories ni dans ses principes d’ailleurs.  Ce qui change, c’est l’ordre des opérations en fonction de la nature des formes.

Je continue à penser que la tâche primordiale de la sémantique est la description des manifestations du sens, mais je ne fais pas machine arrière pour adopter une définition qui a cours depuis une vingtaine d’années au moins, sinon plus :  je ne fais pas de la dénotation la partie stable et fondamentale du sens d’une unité lexicale qui s’opposerait à la connotation.  Cf. « Ensemble des éléments fondamentaux et permanents du sens d’un mot (par opp. à l’ensemble des valeurs subjectives variables qui constituent sa connotation). »  (c) Larousse. (1996)  Repris dans l’encyclopédie Multimédia Hachette.

Si la sémantique sous l’effet de l’intrusion de la dénotation subit un effet « peau de chagrin », son champ n’en sera que mieux délimité.  Dénotation est alors à l’intérieur du phénomène plus général de la référence ce qu’avaient compris les philosophes, c’est-à-dire dans l’extension, l’identification de la classe à laquelle appartient un objet, que la langue courante considère comme la désignation, mais qui s’en distingue aussi, puisque la désignation est l’élection de l’objet réel (matériel) correspondant à la classe.  Dans le nom propre, généralement les deux se confondent.  Pour prendre un exemple connu, Vénus dénote la classe des planètes et désigne la deuxième planète du système solaire.

Vesper a le même référent, ainsi que l’étoile du soir et l’étoile matinière.  En effet, rien n’est simple dans le langage.  Frege voulait un objet idéel à côté d’un objet matériel, mais de ces objets, seul le matériel est distinct de sa représentation.  Le référent du génie qui supplée l’expérience est déjà de l’ordre de la représentation (objet de pensée ou objet cognitif).  C’est en quelque sorte ce qui sauve le sens de la ruine.  Non pas que l’objet notionnel soit le sens, mais qu’il l’oblige à se manifester.  L’expérience et le génie de mon exemple tiré du Petit Larousse de 1918 ont une dénotation notionnelle, mais elle ne s’explique que par une définition sémantique, c’est-à-dire sans contrepartie matérielle. Voir les graphiques correspondant dans la page Sens et dénotation ici même (marge de gauche).

On notera cependant que l’emploi comptable d’expérience puisse avoir un référent réel :  une expérience (sans nécessairement appartenir au domaine physique ou chimique), soit dans « vivre une expérience pénible ».  D’où ma suggestion que l’indirection (la négation de la dénotation) soit un phénomène de contexte verbal :  le syntagme et plus spécialement la sémiotaxie qui livre le paramètre qu’est la locution.

Ce que n’a pas noté Frege c’est que l’étoile matinière n’a pas la dénotation astronomique de la classe des corps célestes en question.  À distinguer de sa classe dans la langue courante où le Soleil perd sa dénotation d’étoile !  L’étoile avec ses syntagmes spécialisés se prête amplement à la démonstration que le sens se porte bien malgré l’apparition envahissante de la dénotation.

Si les phrases n’ont pas de sens (c’est-à-dire qu’elles ne sont pas des objets sémantiques), la dénotation permet au moins de couper les mots en quatre.  À la prochaine.  schnauzer.

60. Une phrase a-t-elle un sens ?

9 juin 2010

Comme je viens de terminer la révision de la Sémantique restreinte sur le site, et que je ne suis pas pressé de me lancer dans un de ces marathons de forcené que j’ai l’habitude d’entreprendre, je me suis dit que je spéculerais sur les conséquences d’une observation faite il y a longtemps, mais dont les effets m’effraient.

Normalement, la phrase, je la laisse à la syntaxe ou à la pragmatique et à l’Énonciation.  La phrase est quelque chose dont se servent les parlant-la-langue, les locuteurs.  Le titre de cette livraison est une phrase en bonne et due forme.  On connaît la tradition qui veut que la phrase se caractérise par un sens complet.  C’est apparemment le cas de ce premier exemple :  le génie supplée l’expérience.

C’est aussi le cas de celle-ci, signée par un Prix Nobel :  La bouteille d’eau minérale est sur la table. Comme à mon habitude, je prends mes exemples dans les dictionnaires, la bouteille vient de Lexis et le génie de mon Petit Larousse de 1918.  Ces deux phrases ne sont pas également sémantiques si l’on revient à cette observation qui me gênait déjà en 1979 et plus encore en 1987, quand j’ai fait une “description sémantique” de plateau.

Je disais à cette époque travailler sur des descriptions lexicographiques (les définitions) pour en tirer le sens. Ce qui me gênait déjà c’est que plateau est une chose et a priori une chose n’a pas de sens [au sens de la sémantique], même le nom d’une chose pas de sens (sauf si vous parlez de son étymologie), à moins que sens ne veuille rien dire.  Cette gêne m’a graduellement poussé à abandonner l’idée qu’il puisse y avoir des sèmes avec pour résultat le rejet de toute démarche rappelant l’analyse sémique.

Aujourd’hui la définition qu’on trouve dans un dictionnaire, ses acceptions, ses emplois, qu’on dit couramment être des sens ne le sont pas à proprement parler :  on a, comme c’est le cas dans le langage ou la langue, un produit mixte, où on trouve des éléments d’information (ou de connaissances), des éléments de description et, bien sûr, pour que subsiste la sémantique, des (quelques) éléments de sens.  En réalité, bien sûr, le lecteur du dictionnaire a devant lui des mots, dont la plupart sont organisés en phrases explicatives ou illustratives (jusqu’au citations très littéraires du Robert et du TLF).

Mon propos n’est pas de disserter sur les articles de dictionnaire, mais de comparer les deux structures SVO données en phrases-exemples (expression qui me vient des lexicographes du Bordas du français vivant).  Pour une discussion plus approfondie, je serai obligé de vous envoyer sur le site (la page n’y est pas encore), car il me faudra travailler avec des tableaux et des graphiques, comme rien n’est réellement simple quand il s’agit de la langue et, qui plus est, du sens.

D’emblée on peut cependant comparer les deux exemples :

La bouteille d’eau minérale est sur la table.

Le génie supplée l’expérience.

Viennent à l’esprit les catégories d’abstrait et de concret.  Mais s’agit-il vraiment de cela ?  Ajoutons deux autres exemples :

Les Stoïciens refusaient de voir un mal dans la douleur.

L’erreur est inhérente à l’esprit humain.

Bon. À la prochaine.  schnauzer