Archives de février, 2010

45. Quand on avance à reculons

19 février 2010

Je disais dans la livraison précédente qu’il était envisageable que je survive financièrement.  Eh bien, il faut croire que j’étais optimiste.  Je n’avais pas encore fait les calculs dans le détail.  En fait, j’avais seulement jonglé mentalement avec des approximations.  Je n’étais pas pressé de prendre papier et crayon (non plus que calculatrice).  Ma méfiance naturelle sans doute.  Quand la banque m’a consenti l’emprunt, depuis six mois le budget du ménage (entendre nourrir les cinq schnauzers, c’est-à-dire mes quatre amis et moi) était absent des chiffres de la banque puisque j’assurais notre survie par la vente de ma collection de musique baroque et renaissance et en dernier, les livres que je pouvais placer.  Or cet argent aura une fin bientôt et il faudra s’en tenir aux rentrées prévues.

Celles-ci ne dépassent pas les 1 330 si l’on exclut la rente viagère issue du pseudo fonds de pension et qui est consacrée pour l’année à venir à payer les mensualités d’une carte de crédit.  Mes dépenses de ce mois (sans aborder la question de la bouffe) dépassent de 40 les rentrées.  Même avec le rajustement en cours des primes d’assurance maison-voiture, je ne libérerai que 10 le mois prochain, un peu plus si comme je le crois les dépenses d’essence seront inférieures.

Le problème est donc entier.  Et inattaquable.  Mon agitation de ces dernières semaines n’aura donc pas beaucoup d’effet sur l’issue finale.

Et le sens dans tout ça ?

Le cheminement à rebours est ici parallèle.  Je viens de finir la deuxième relecture de De l’inférence sémantique, jusqu’au dernier chapitre, à l’exclusion de la Conclusion, que je n’ai toujours pas terminée, ni d’ailleurs vraiment commencée.  Il y en aura une troisième (de relecture), car la deuxième a permis de corriger un tas d’erreurs de forme, mais aussi quelques surprenantes erreurs de fond, notamment faites au cours de la première relecture, dans le dernier chapitre sur l’hypothèse Gamma, à la fin, où inexplicablement je démolissais mes résultats pour les accommoder à la sauce ambiante (le sens commun des philosophes, pas celui qu’ils dénoncent).  J’ai apporté une modification à la Conclusion inexistante:  j’ai retranché les vingt-cinq hypothèses du Chapitre 11 pour qu’elles servent de point de départ à la réflexion qui tiendra lieu de conclusion.

Cette phobie des conclusions me vient de mes quelques années comme romancier (de 20 à 30 ans) où je me faisais l’écho de Flaubert (lorsqu’il parlait de conclure, s’entend).

Mais dans le cas présent, le problème tient à la démarche.  Comme je n’expose rien de définitif, je n’ai pas le sentiment de pouvoir tirer une conclusion utile (une quelconque conclusion).  Il m’a fallu modifier certaines de mes idées en cours de route (relativement à la représentation de la référence et plus positivement à l’organisation du savoir intériorisé) et je ne suis pas en mesure, aujourd’hui, d’en tirer le moindre enseignement.  Et comme toujours je me pose la question de la pertinence des exemples.

On pourrait penser qu’en vieillissant je sois devenu plus rigoureux en ce qui concerne les fables qui animent les recherches en sciences humaines, et que c’est pour cela que je me refuse à faire de mon idiolecte le juge de la validité des exemples.  Mais la fiction de l’informateur dictionnairique (lexicographique) remonte chez moi quand même à au moins vingt ans - là où je considère le dictionnaire comme un sujet parlant à qui je demande de me dire ce qu’est le sens de tel mot dans telle construction, et dont j’exige qu’il soit capable de substituer sa définition (ou son acception) au terme dans l’exemple qu’il me donne.

Mais si ma petite boîte à bêtes noires s’est considérablement enrichie avec ce dernier travail, j’ai aussi senti que la vigilance était parmi les qualités que le temps effrite le plus durement.  Bien sûr, au cours de l’année dernière, je suis allé de rechute en rechute en ce qui concerne ma dépression chronique (ou rebelle).  Bientôt je devrai me relire non pas avec une loupe, mais avec un microscope.

Il y a des moments où il m’est difficile de rameuter toutes mes « facultés » pour employer un mot qui n’a plus de sens:  c’est sans doute mon hippocampe qui rétrécit, qui se dessèche, sort qui guette tous les déprimés, dit-on.  Que faire quand on ne se reconnaît plus, non pas dans la glace, mais dans ce qu’on écrit ?  schnauzer

44. Quand on fait du surplace (sur-place)

11 février 2010

Pendant presque deux semaines, je me suis retrouvé sans voiture, ce qui ne serait pas un problème si je vivais dans un grand centre urbain, mais comme je suis à plus de 15 km de toute agglomération fonctionnelle et de tout commerce cela jetait comme un froid de plus, en février, à approximativement 46,04 Nord 74,20 Ouest.  Évidemment, la déception de mes quatre schnauzers dépassait probablement la mienne [ils aiment tant aller se promener en ville], comme en plus j’ai dû m’absenter deux fois pour aller faire des courses (grâce à l’extrême amabilité d’un voisin).

Le bon côté de la chose ne se mesurera qu’avec le temps, car comme je n’ai plus le bolide qui vidait mon compte en banque, il est envisageable que je survive financièrement.  Autrement, avril aurait été la date butoir.  Mais il n’est pas dit que c’est gagné.  La nouvelle (et c’est là qu’on voit la différence entre nouveau et neuf) est loin d’être neuve.  Avec ses 135 000 km et sa rouille, il n’est pas sûr qu’elle dure le temps que je rembourse l’emprunt que m’a consenti la banque.

J’avais plus de trente ans quand j’ai acheté ma première voiture, mais elle était neuve, comme l’ont été toutes les autres qui ont suivi, jusqu’à la WRX.  Pour la STI il a fallu passer par la location bail.  Mais avec le changement dramatique dans mes finances qu’ont représenté mes soixante-cinq ans, le réalisme [et la chance] a [ont] mis deux ans à s’installer dans ma vision des choses.

Il faut dire que j’ai l’esprit ailleurs (dans la mesure où il me reste quelque chose qui ressemble à une activité psychique de nature intellectuelle).  Je voulais terminer mon dernier texte avant avril, qui était en quelque sorte la date butoir.  Depuis 15 jours, je tourne en rond.  J’ai d’abord vécu dans l’appréhension d’un refus de la banque, puis ensuite quand la possibilité de m’en tirer s’est dessinée j’étais psychologiquement épuisé.

C’est pourquoi pendant deux semaines je suis resté sur les chapitres 8 et 9 (que j’ai scindés en deux pages chacun), et qu’aujourd’hui encore je dois retoucher la page 9a.  Il est clair que si j’étais architecte le bâtiment ne serait jamais terminé.

L’avantage de cette espèce de no-man’s land de l’activité mentale, c’est que les idées normalement écartées du fait de la mobilisation des moyens en vue d’une fin précise refont surface comme … (l’image qui vient à l’esprit n’est pas agréable).  Mais je ne noie pas les idées que je rejette souvent à mon insu, en creusant comme une taupe ou un tunnelier.

C’était le cas de la place des synèses par rapport à l’application de la règle d’inférence.  Leur place, leur fonction et leur constitution.  La synèse (expression vieillie qui à l’origine désignait un assemblage régulier de mots), récupérée dans la théorie des opérations sémantiques, est l’équivalent mnésique ou cognitif des matériaux qui entrent dans la composition d’une phrase.

Soit exposer-idées-clarté.

Or, dans le moment creux qui précède l’endormissement, la nuit dernière, je me suis mis à spéculer d’une part sur les rapports de la synèse et de la sémiotaxie et de l’autre de la synèse et des modules (le module verbal étant l’essentiel, mais on peut envisager un module nominal, adjectival, adverbial, prépositif, conjonctif) et les rapports des modules et de la sémiotaxie.

On comprend que j’aie besoin d’un somnifère pour m’endormir avec des idées pareilles au moment de me coucher.  La sémiotaxie est la désignation sémantique d’un syntagme: la clarté d’un exposé; un exposé clair. La sémiotaxie est la première condition de la règle d’inférence.  En termes de modules, les deux exemples sont des réunions de modules différents et complémentaires.  Nom+de+ComplNom, pour le premier et pour le second, Nom+Adj, c’est-à-dire nominal [_] Nom [_] et prépositif [_] Prép [_] pour le premier et nominal [_] nom [_] et adjectival [_] Adj [_] pour le second.

La question module-sémiotaxie est résolue simplement par le point de vue.  Le module vient de la syntaxe (l’ordre) et la sémiotaxie fait intervenir le sens dans l’ordre.  La synèse est sémiocognitive et ce qui lie ses membres est une relation sémantique, indépendamment de l’ordre qu’ils ont dans un syntagme.

Voilà.  Est-ce plus clair?  Je n’en sais rien, mais je me sens mieux.  Comme quand on redresse à l’issue d’un dérapage imprévu.  Et oui, en 2003, l’Impreza 2,5 l n’avait pas de dispositif d’antédérapage et ne bénéficiait pas du correcteur de traction de la STI.

Il y a sept ans, en effet, j’achetais (neuve) une Impreza Outback.  Retour à la case départ avec sept ans de retard, l’histoire de ma vie [moins drôle que le Monopoly].  Schnauzer

43. Fin du mois, mais l’hiver remet ça

1 février 2010

Et quand nous arriverons en avril, on me dira encore, attention, ce n’est pas fini.  Mon humeur n’est pas nécessairement liée à la météo, mais davantage à l’incertitude.  J’ai réussi à caser mon petit bolide et je suis à pied, le temps que la banque me consente une avance pour une vieille guimbarde.  Comme je n’ai pas de télécopieur, j’attends le courrier.  Et je compte immodérément sur mon aimable voisin pour les courses en ville (au village, comme on dit ici - qui est à quinze km de chez moi… à moins 20, dites-vous ?).

La chose demande réflexion.  Pas la température, on la subit.  Avec le facteur éolien qui caractérise la météo canadienne, on parle de température ressentie, mais il faut dire subie.  Même les schnauzers ne sont pas d’accord pour aller à la boîte aux lettres communautaire par ce temps.  La petite Zoé n’est pas chaude (c’est le cas de le dire) pour aller faire son petit tour dans l’enclos.  Même Moustache a des doutes et il est le plus jeune.

Dans la deuxième lecture de l’inférence sémantique je suis arrivé au chapitre 8.  J’ai décidé de nommer les pages chapitres comme certaines pages dépassaient les cent k-octets et que ma connexion est de l’espèce escargot.  Le texte proprement dit a 12 chapitres (le supplément sur la synonymie fait trois pages, donc en tout 23 pages de plus d’environ 70 k-o).

Depuis la relecture le texte s’est enrichi de graphiques, généralement des cartes cognitives.  Je croyais, en commençant à écrire De l’inférence sémantique que je me bornerais à faire le point sur ma réflexion qui a maintenant trente ans.  J’ai repris mes études à l’âge de 29 ans, mais ce n’est qu’arrivé à Paris pour le doctorat de 3e cycle que je me suis tourné vers le sens.  Bien sûr, on peut en discerner les signes avant-coureurs dans mes lectures de formation comme romancier (carrière qui a tourné court, donnant le ton à ma vie).  Guiraud, Dauzat, Marouzeau.  Le mémoire de maîtrise était encore une « lecture », très linguistique, cependant.  Chez Greimas, c’est la lecture qui est devenu l’objet d’étude.

Je regrette de ce passage chez lui qu’il ne m’ait pas poussé à approfondir le travail qu’il avait commencé en 1966 avec sa sémantique structurale.  Mais en 79 on était en plein dans l’analyse textuelle de Maupassant.

Je devrais parler de la solitude, car c’est cette idée qui m’a poussé à revenir à ce blog.  On parle souvent du goût de la solitude, mais en réalité elle n’est souvent que la conséquence d’un désir d’indépendance.  Pas seulement d’autonomie, mais d’un besoin de prendre nos distances par rapport à ceux qui tendent à s’accrocher à vous.

Ma solitude est en quelque sorte subie, encore une fois, comme le temps qu’il fait.  Je suppose que c’est comme cela qu’on se perd en mer, à force de vouloir naviguer seul.  Dans quatre mois j’aurai soixante-sept ans.  Je ne sais pas comment je fais mon compte, mais on dirait que quoi que je fasse, j’attire les sangsues, les parasites intellectuels.

Et, occupé ailleurs, je mets un temps fou à m’en rendre compte.  La pire espèce de ce genre d’individus est celle qui par psittacisme vient vous servir vos propres propos.  Sans en avoir conscience.  Doit-on les absoudre ?  Si au moins ils étaient assez vils pour être des thuriféraires.  Non, ils seraient encore plus insupportables, si cela se peut.

Contraint à la solitude, donc.  Mais mes amis fidèles sont là. schnauzer.

ps. Je continuerai dans la prochaine livraison sur ma lancée à propos de ce que représente De l’inférence sémantique, par rapport à mes études et par rapport à ma réflexion sur la question du sens (non, pas de définition, sorry folks…)