Archives de septembre, 2009

Mais fatigué, oui (26)

30 septembre 2009

Je ne tartinerai pas longtemps aujourd’hui (on est déjà demain), pour deux excellentes raisons. J’ai besoin d’un petit répit et j’ai pris du retard, pour cause de tassement psychologique, dans le tri auquel je me livrais. Quand je me suis mis au travail hier soir, il était déjà 22 heures. Je ne suis pas sûr d’avoir réussi à dormir un peu, mais je me suis étendu après avoir fini le roman que je relisais (je relis mes polars, mon budget étant ce qu’il est).

J’avais, la veille, réussi à passer de deux fichiers à un seul, en dépassant quand même les 100 ko. Dans les trois heures que j’ai travaillé aujourd’hui, c’est-à-dire hier, le fichier survivant est tombé de 116 à 77 kilo-octets. J’ai récolté de nouveau quelques perles cartésiennes, ce qui veut dire que mes gloses railleuses ne sont pas terminées.  Leibniz et Descartes ont eu cette grâce, dans mes lectures (alors qu’ils n’y figuraient pas officiellement), de constituer des irritants.

Pourtant, avant de commencer mes lectures, j’avais parcouru (l’année dernière) l’histoire de la philosophie de Thonnard (petit volume trouvé d’occasion) et j’aurais dû être vacciné. Mais à ce moment-là c’est surtout Hume qui me démangeait.  Il faut dire qu’avec tous ces médicaments (contre la goutte et l’hypertension, sans compter l’antidépresseur), je développe facilement des allergies, mon système immunitaire étant fragilisé par une carence en B 12, en plus des trois ans où ma thyroïde faisait des siennes.

[la prochaine livraison aura comme invité de marque le sieur René Descartes, grand intuitif devant l'Éternel] schnauzer.

Pas mort, Descartes (25)

28 septembre 2009

Ni son intuition, qui par métempsycose, s’est retrouvée dans le corps de Bergson qui, pourtant, se prenait pour Aristote.  Non, non, je ne parlerai pas de Bergson tout de suite, mais encore de Descartes, car le tri n’est pas terminé dans mes notes et je viens encore de tomber sur un extrait de Fonsegrive (1896) qui croyait dur comme fer [tungstène, pour les modernes] à l’éclair de génie, et par conséquent au culte des grands Zommes.  Philosophiquement, j’ai des allergies, comme je renouvelle de temps en temps ma collection de bêtes noires (Descartes est nouveau, car adolescent je l’ai lu en quête d’une méthode et je l’avais plutôt à la bonne).  Il y a des mots (concepts, si vous y tenez) comme ça qui déclenchent chez moi des malaises ou des manifestations difficiles à maîtriser ou à dissimuler.  De ce nombre, « intuition », « volonté », « immédiat(e) », « intentionnalité », « nécessaire » (apodictique, hem), « pur », « en soi » et autres joyeusetés.  Parole à Fonsegrive :

Par quel procédé Descartes reconnaît-il qu’il a découvert que « toute la nature de son être n’est que de penser » ?  Simplici mentis intuitu, nous dit-il lui-même, « par une simple intuition de l’esprit ».  Et je le crois bien ;  car comment savoir qu’une qualité est liée à une autre ou à un ensemble d’autres, un caractère à d’autres caractères, et que ces liaisons sont plus ou moins rigoureuses ou flottantes si on n’a dans l’expérience mentale pris conscience de liaisons analogues ?  Georges Fonsegrive (1896) [pas mal pour un soudard — je parle de Descartes, nature.]

Plus disert que son maître.  Mais pas nécessairement plus clair.  Après tout, nous sommes pris à témoin, et il y va de notre humanité, et par conséquent nous, dans notre for intérieur (donjon avec oubliettes), nous nous devons de singer celui qui se pique de se passer de raisonnements.  Oui, par curiosité, je me suis tourné vers mon vieux Petit Larousse illustré de 1918, qui marche à fond.  La connaissance intuitive s’en passe (et des meilleures).  Elle est claire (ben tiens), droite et immédiate (et donnée, comme Bergson).  Sans intermédiaire, mais il faut un esprit.  Esprit, es-tu là ?

Le Robert électronique ne donne pas raison à l’interprétation de Fonsegrive, car le lexicographe distingue l’intuition rationnelle (perception de rapports) de l’intuition métaphysique (des êtres dans leur existence ou leur essence).  Mais la raison du dictionnaire est-elle la meilleure ?  Ne s’agit-il pas d’intuition ontologique quand il s’agit de l’existence de l’être ?  Faisons marche arrière (non pas pour mieux sauter, mais pour prendre du recul).  « Perception », avez-vous dit ?  Sans allusion à ce qu’on appelle par litote les contributions.  Et on a prétendu qu’il avait ruiné la scolastique.  Il se borne à changer (à peine) de vocabulaire.

Trêve de railleries.  Au fait, c’est Charles T. Waddington (1857) qui faisait de lui le psychologue moderne, un peu, sans doute, comme on fait d’Auguste Comte le sociologue (je me refuse à dire père ou créateur).  Après cela, on viendra se plaindre que les mots ne veulent plus rien dire, qu’ils nous trahissent, qu’ils manquent de clarté (c’est vrai qu’il faut avoir les mots en face des idées pour que passe la lumière).  Stoppez les machines.  Bon, progrès dans le tri :  de trois pages, on passe à deux, avec la création d’un fichier thématique concernant le langage, la langue et les mots (diable) et un fichier sur l’associationnisme et, innovation, le fichier bac qui recueillera les déchets et résidus (que je mettais dans le fichier croyance, en vrac, avec tout ce qui concernait l’opinion et la vérité).  La fatigue se fait sentir.  Il me faudrait probablement me reposer quelques jours avant d’attaquer la réécriture.  [à suivre, forcément] schnauzer.

Descartes à la carte (24)

27 septembre 2009

On croira à de l’acharnement, mais c’est simplement de la curiosité.  Comment a-t-on pu, pendant des siècles, répéter ce qu’il avait écrit sans chercher à dépasser un malsain à-plat-ventrisme ?  Il y a une réponse à ma question, mais elle ne me plaît pas, car elle n’est pas à l’honneur du genre humain.  De plus, elle est malheureusement valable pour les autres philosophes, et son application est observable dans d’autres domaines.

Il ne s’agit pas de ma part d’une surévaluation de l’époque où je vis, ni d’un mépris mal inspiré pour les époques révolues (après tout j’ai lu et apprécié Xénophon, Tacite, Montesquieu, Diderot, Voltaire, Flaubert, France…), bien qu’effectivement la Tradition éveille chez moi une certaine hostilité, surtout quand elle s’écrit dogme.  Je n’ai pas, non plus, le culte de la personnalité, pas plus qu’une admiration béate pour ce qui est en vogue.

Venons-en au menu du jour.  C’est encore le tri des notions (d’un fichier vers d’autres) qui alimente cette chronique (comme dans maladie du même nom).  Émile Boutroux est un philosophe qui semble avoir été tenu en très haute estime à cette époque, auteur d’un Pascal et d’un William James, mais pas d’un Descartes.  Voici le passage :

« Descartes analyse la matière qui nous est immédiatement donnée, c’est-à-dire les idées, et il y découvre des éléments dont le caractère propre est d’être évidents au regard de l’intuition intellectuelle. » Émile Boutroux (1895)

On sait que ces éléments Descartes les appellent des vérités, soit par conformité à l’esprit du temps, soit parce qu’il estime être en mesure de déterminer ce qu’est une vérité (au lieu d’une hypothèse, d’une proposition ou d’un jugement).  La contribution de Boutroux n’est pas à négliger :  il situe l’évidence de ces vérités dans l’intuition qu’il dit « intellectuelle », mais qu’il faut interpréter comme métaphysique (moyen de transport vers l’intérieur de l’objet, selon Bergson).  La vérité tient à l’absolu d’une substance.  On comprend qu’elle ne pouvait être autre que claire et distincte.

Toutefois, Boutroux est coupable de cartésianisme latent, car comme le montre également Malebranche, la vérité est évidente, comme l’intuition, et l’évidence est immédiate.  On se demande alors s’il s’agit encore d’analyse où l’évidence serait médiate et s’il s’agit bien d’idées que Descartes considère comme les images des choses.

Toutefois, l’honneur est sauf, car Boutroux se pose la question suivante :  Dans le Cogito, ergo sum, que veut dire « ergo » ?  N’étant malheureusement pas latiniste, il m’a fallu quelques recherches avant de comprendre que même si les Anglo-Saxons traduisent par therefore, il existe une autre possibilité, qui n’aurait pas la même résonance freudienne :  « je pense, c’est pourquoi je suis. »

Vers la même époque (je parle de la fin du XIXe s.), un certain B. Bourdon trouve que le christianisme de Descartes a sauvé du matérialisme la psychologie.  Étonnant, n’est-ce pas, mais plus encore, on raconte qu’il aurait fondé la psychologie moderne :  bravo, et la palme revient à l’inventeur des « esprits animaux », qui n’ont rien à voir avec l’esprit d’escalier.

Sur une note plus banale, la réduction des fichiers de notes se poursuit :  de 5 on passe à 3.  Mais il reste à tirer quelque chose de ce millier d’extraits souvent contradictoires.  C’est donc une histoire à suivre… schnauzer.

Pas si clair que ça (23)

26 septembre 2009

Oui, j’ai bien peur que ce soit une histoire à rallonges. Et que Descartes n’ait pas fini d’être mon souffre-douleur. Il faut bien que je me venge de mes frustrations sur quelqu’un et pourquoi pas un mort illustre. Je ne sais pas s’il est au Panthéon. Grand bien lui fasse.

Naturellement, ce blogue sans blague est l’endroit idéal pour donner libre cours à sa grogne. En plus, ici c’est tranquille, on ne vient pas piétiner mes plates-bandes. Mais c’est surtout le baromètre de mon activité sur le site de mes Opérations sémantiques (rien à voir avec la bourse). Et je dois confesser (tiens, un confessionnal en plus d’une tribune et d’un journal de bord), confesser, donc, qu’avec ces jours-ci, c’est plutôt ma bile qui devrait s’épancher.  Ce n’est qu’aujourd’hui que j’ai repris le tri des notes et des futures citations (pour l’instant, ce ne sont que des extraits).  Tuile après tuile, tracas de toutes sortes, harcèlement téléphonique, rallonge à la panne d’ordinateur. Et aujourd’hui ma psychiatre qui fait faux bond.

Depuis une semaine, sinon davantage, disons presque quinze jours, c’est la série noire. Alors, mes excuses aux cartésiens, mais je verrai sans doute plus clair quand je me ferai moins de mauvais sang.  C’est en triant, naturellement, que je suis tombé deux autres commentaires relatifs aux idées claires et distinctes du sieur Descartes.  Après je parlerai peut-être des « idées concrètes » de Delage (1915), qui les rattache aux cinq sens (pas sémantiques), impressionnant, non ?

Et peut-être irais-je donner un coup de griffe à la dépouille de Bergson, qui parlait justement de la décomposition, et, si j’en crois Cresson, je ne serais pas le premier à lui donner une posthume bastonnade. Mais revenons au lumineux Descartes. Ayant tourné le dos à la scolastique, il doit donner sa propre version de la compréhension logique, que cite Renouvier (1842): « il faut affirmer d’une chose ce que l’on conçoit être renfermé dans son idée ».  Encore une fois, la tournure pourrait être d’une meilleure venue.

On a le même effet avec cette autre perle: « qu’il ne faut rien reconnaître pour vrai qu’on ne le reconnaisse évidemment pour tel »; certes, la tautologie ne lui faisait point peur. L’effet est toxique, car il séduit Damiron (1836), qui y voit l’abandon de l’idée claire (pouvant être fausse [dit-il]) au profit de l’évidence. Aucun de ces messieurs ne semble se douter que l’évidence est évidemment d’ordre affectif.

Renouvier cite le Hollandais Volant dans le Discours de la méthode: Ne recevoir jamais aucune chose pour vraie qu’on ne la connaisse évidemment être telle. C’est à se demander si les guillemets sont bien placés dans l’alinéa précédent (il doit s’agir du même passage, apprêté par Damiron). Personnellement, je ne suis pas sûr de bien comprendre.  x est vrai si x est évidemment vrai ? A fortiori, dirait un latiniste de ma connaissance.

Renouvier montre qu’au contraire, avec l’évidence vraie ou la vérité évidente (take your pick), Descartes n’a pas abandonné pour autant la distincte clarté. Deux fragments: « vérités claires et distinctes (qui sont des révélations faites à la pensée par la pensée elle-même) »; « Et, par clair, j’entends ce qui est présent et manifeste; et par distinct, ce qui est précis et différent de toute autre chose ».  Mais qu’entend-il par présent ? Manifeste veut sans doute dire évident. Les vérités sont évidemment des idées vraies.

Pour clore cette tranche un tantinet décousue, donnons la parole à l’accusé qui trouvait que le principe d’identité (ou principe de contradiction) n’était pas assez redondant à son goût: « On ne peut rien tirer de l’axiome célèbre dans l’École Impossibile est idem esse et non esse, si l’on n’est pas d’abord en possession d’une existence quelconque. » Il est très fort sur l’existence, comme on sait.  Il n’avait donc rien compris à ce principe que Damiron attribue à tort à Leibniz: « Il est impossible qu’une chose soit et ne soit pas en même temps ». Notre mathématicien n’était pas fort logicien et ne semble pas avoir été séduit par la tautologie du principe en question, A est A (A n’est pas non-A), lui qui les tourne si bien (puisque être en possession c’est déjà être). [à suivre, quoi qu'il arrive]  schnauzer.

Clair et distinct, le kilogone ? (22)

23 septembre 2009

Descartes nous a légué cette expression, mais il semble qu’il n’ait pas livré le mode d’emploi. On se remet à Leibniz, généralement, pour distinguer le clair de l’obscur et éclairer les distinctions. Du moins si l’on en croit Élie Rabier (1899) et Edmond Goblot (1918).

Il s’agit d’idée, bien sûr. Une chose est certaine, chacune des propriétés a son opposite.  Clair entraîne obscur et distinct est corrélé à confus. L’idée claire, selon Leibniz, est celle qui permet de reconnaître son objet lorsqu’on le rencontre. Ainsi j’aurais une idée claire de l’âne du Poitou. Aucun lien de famille avec le crétin des Abruzzes.

Pour répondre à la question du titre, Goblot précise que ce polygone à mille côtés « n’est pas absolument clair » comme concept empirique. C’est tomber de machin en truc, de Charybde en Scylla, car qu’est-ce donc qu’un concept empirique ? Une sorte d’idée concrète ? Non seulement y a-t-il un clair-obscur, mais également comme un confus-distinct.

Goblot considère que les explications des Cartésiens sont assez embarrassées.  On notera que dans la mesure où Descartes est cartésien, la connaissance qu’il décrit comme distincte, « tellement précise et différente de toutes les autres, qu’elle ne comprend en soi que ce qui paraît manifestement à celui qui la considère comme il faut », est soumise, dirait-on, à une considération idoine. La question a eu des répercussions jusque chez Cuvillier qui n’a pas bien lu l’extrait que je lui emprunte pourtant.

Il prétend à tort que Leibniz seul considère la distinction en compréhension, mais le passage entre guillemets dit textuellement: elle ne comprend en soi que ce qui paraît manifestement. Bon, Descartes aurait pu être plus élégant, mais il n’est pas Vaugelas, et la compréhension (connotation que Mill remettra à l’honneur) est claire, justement.

Là où le bât blesse vraiment, comme m’expliquait l’âne, c’est que ces messieurs (surtout Leibniz) insistent pour associer la confusion à la clarté, ce qui me gêne « intuitivement ».  L’exemple est celui du jardinier qui a une idée claire des plantes, mais confuse si on le met à côté du naturaliste, chez qui les idées sont distinctes.

Descartes se serait tiré une fameuse épine du pied (et du cerveau de ses disciples et commentateurs) s’il n’avait pas complètement tourné le dos à la Scolastique. Loin de moi l’idée saugrenue de ressusciter ce carcan de la pensée, mais il est possible que Descartes ait jeté le bébé avec l’eau du bain, comme disent les Outre-Manchots.

Il suffisait de recourir aux notions d’extension et de compréhension, justement, pour éviter ces jeux de lumière qui tiennent de la lanterne magique. L’idée claire, c’est celle qui est envisagée du point de vue de l’appartenance à une classe et de la dénotation (la référence et l’image, je vois encore la tête de mon âne), tandis que l’idée distincte est analytique, définie par ses caractères, et c’est là que devrait se trouver la différence que Descartes attribue à la clarté.

En d’autres termes, contrairement à une idée qui a eu cours, tout n’est pas bon chez Descartes (on ajoutait « mêmes ses erreurs sont fécondes »), et il aurait gagné à inverser le rapport clarté-distinction. Le pensum consisterait à dessiner les yeux bandés un chiliogone (ou chilogone) dont les côtés auraient 5 mm.

Les fichiers-sources du tri totalisent environ 415 ko, après le boulot d’aujourd’hui. On avance, puisque le recul n’est pas visible. [à suivre, malgré les embûches]  schnauzer.

Indéfinissable, disiez-vous ? (21)

22 septembre 2009

Bonne chose, j’ai retrouvé mon philosophe. Je veux dire celui qui parle de « générification »; il s’agit de Joseph Tissot (1847). Le plus ancien [de ceux que j'ai lus] est Jean-Philibert Damiron, mort en 1862, né en 1794.  J’ai copié une phrase (de Tissot), car elle a trait à l’épithète indéfinissable.

Une idée générale incomplexe est indéfinissable.

Évidemment, le concept est au moins aussi difficile à saisir que la proposition, mais je ne ne crois pas me tromper en disant qu’il s’agit d’une idée simple qui n’est ni particulière, ni individuelle, ni spéciale. L’idée spéciale est une idée générale, mais moins qu’une autre dont l’extension la comprend (distincte de spécifique). « Particulier » concerne une partie de l’extension du sujet (soit certains ormes sont malades). Individuel se passe d’explication, car l’exemple est ce bon vieux Socrate (= singulier).

Pour continuer à voler en rase-mottes, ça ne me coûtera pas grand-chose que de vous parier que la célèbre blancheur est un bon candidat à cette idée générale incomplexe. La complexité permettrait de la définir. Quant à la généralité, on retrouve la contre-partie l’extension, c’est-à-dire la compréhension (connotation au sens de J. Stuart Mill), qui diminue alors que la généralité augmente.

Indéfinissable, contrairement à ce qu’on pouvait attendre, est bien définissable. Le Petit Robert va même jusqu’à vous renvoyer à primitif, trop aimable (non, rien à craindre, il s’agit d’un « concept indéfinissable; mot trop général pour lui trouver un hyperonyme définitoire »). La boucle est bouclée, comme je l’avais indiqué dans la thèse d’État.

Ça me donne le vertige, tout ça, de tourner en rond, mais Mill nous assure que si la définition n’est plus possible dans les normes, on peut faire de l’idée générale incomplexe une description. Ou comme mon Petit Larousse de 1918, qui me rappelle celui de mon enfance, on résout la question par un exemple. La blancheur de la neige. Et la pureté de mes intentions.

Travaillé de façon désordonnée aujourd’hui, entre les retouches cosmétiques et les choix indisciplinés qui m’obligeaient à ouvrir et fermer trois ou quatre fichiers, sans compter le risque de prolifération des notions. Finalement, pour me faire une idée moins approximative de mes progrès, j’ai décidé de voir combien j’aurais de fichiers de notes non triées si je maintenais la teneur à 100 ko. Presque à la moitié.  Des onze pages du début, il n’en reste que six.

Progrès très lents en perspective, pour détourner de nouveau le titre de Jean Paulhan. Je vais rejoindre mes schnauzers.  [à suivre, malgré la pluie annoncée]  schnauzer.

Comment se mettre des bâtons dans les roues (20)

21 septembre 2009

Facile. Il suffit de se mettre à bricoler dans les Programmes de Windows.  Inutile de jouer à l’apprenti-sorcier, vous n’avez qu’à décider de déplacer certains programmes d’un disque dur sur l’autre. Autrement dit, avec le concours involontaire du registre, vous provoquez une névrose chez Windows, avec deux répertoires Programmes.

J’attendais que le café passe, et j’étais un peu découragé à l’idée que je n’aurais pas terminé mon truc pour le printemps prochain. La répartition des citations et des notes en fonction de notions-clés ne progresse pas vite et tend à l’entropie.  Chaque jour apporte ses nouvelles notions. À ce rythme-là, ce sera vite ingérable.

J’ai pourtant fait l’analogie et l’induction aujourd’hui. Mais j’ai créé trois nouveaux fichiers. Et puis on se pose des questions. Si je mets ce qui concerne la généralisation avec l’abstraction, est-ce que je ne serai pas obligé de les séparer par la suite ? La question s’est posée à la lecture d’une note où un psychologue (ou était-ce un logicien ?) voulait distinguer la généralisation de l’abstraction.

Le mieux est de s’en remettre à un arbitre. Neutre (ou à peu près). Avant même d’ouvrir le volume à la page qui convient, on peut supposer que l’abstraction enlève quelque chose, tandis que la généralisation étend quelque chose. Le psychologue A. Marc, que cite Cuvillier, parle de dématérialiser les données sensibles, de « laisser tomber » les particularités individuelles. Mais cette citation n’éclaire pas (et surtout n’illustre pas) la définition d’abstraire que donne l’auteur du vocabulaire philosophique: « abstraire consiste à isoler, pour le considérer à part, un élément d’une représentation qui n’est pas donné séparément dans la réalité ».

Autrement, l’abstraction est l’opération qu’on vient de décrire, mais aussi son produit. Il fallait s’y attendre, c’est le schéma des déverbaux.  Décidément, je dois être mal luné, voilà que pour la deuxième fois, Cuvillier se contredit en passant de la définition à l’illustration, mais à sa décharge on reportera le blâme sur l’auteur cité qui a l’art de tenir des propos incohérents (j’ai naturellement nommé le sieur Bergson): les généralités ne sont pas philosophiques, dit-il, et moi d’ajouter, ergo Bergson n’est pas philosophe. Il suffisait de dire que le pluriel étaient généralement péjoratif, parce que ça la fout mal juste après l’autre exemple, « la généralité du concept ».

En fait, même la définition de la généralisation comme opération n’est pas l’image de la limpidité (je laisse de côté le cas des propositions). « Opération par laquelle un ensemble de propriétés ou de caractères est pensé comme le type de toute une classe d’être (sic), objets ou faits. »

Il suffisait de renvoyer, non pas uniquement à général, mais à genre. Un philosophe du XIXe s. parlait de générification, mais généralisation suffit. C’est là que l’abstraction et la généralisation se rejoignent. À mesure qu’une notion gagne en généralité, elle gagne en abstraction. Son extension s’étend. D’où l’évidence qu’une abstraction est une idée générale et inversement. Quand je parlais encore de sèmes (unités sémantiques construites), je décrivais la progression de genre en genre comme une « raréfaction des sèmes ». Ce qui me permet de renouer avec le jeteur d’anathèmes qu’était Bergson et son indéfinissable rapport. Le genre suprême comme disaient les Anciens est aussi curieusement le primitif (semence d’universaux).

Je le critiquais non pas parce qu’il se servait de l’épithète en question (il y a des « objets » indéfinissables, au sens strict), mais parce qu’il en faisait l’attribut du rapport. Si un rapport était indéfinissable, comment saurait-on qu’il s’agit d’un rapport ?  [à suivre, truffe au sol]  schnauzer.

Rapport indéfinissable (19)

19 septembre 2009

Abattu assez de boulot pour être fatigué, bien que ce soit difficile de vraiment savoir s’il s’agit d’une fatigue saine chez un fatigué chronique. Sans blague. C’est attribuable à une carence en B12.  Aucun rapport avec le titre.  La phrase exacte de Monsieur Bergson (comme on disait à l’époque) est celle-ci, mais elle ne permet pas de se faire une idée claire et distincte comme dirait Descartes dont un facétieux proposait de reformuler le cogito ergo sum en je sens, donc je suis (un physiologiste, en manque de sensations fortes, sans doute):

« Ce rapport est indéfinissable. »

Bergson, on le sait, c’est un fort en schème. J’ai quand même l’impression de m’amuser dans un cimetière. J’ai travaillé sur la notion de croyance, qui réunit environ 15 p. papier. Naturellement le fichier html le plus gros est celui qui est consacré au sens et à la signification.  Je ne m’attends pas à trouver un prédécesseur à Guiraud pour ce qui est de l’idée de la signification comme procès (processus), bien que chez Delacroix ce ne serait pas surprenant.

C’était une relecture à quarante d’intervalle (je parle du livre de Delacroix sur le langage et la pensée). Étonné de voir le nombre de références à Saussure (à l’époque je ne savais pas que je lui devrais des crampes à la trentaine).

Travaillé sur le fichier synthèse (notion chère à certains psychologues de l’époque) en plus de celui de croyance. Créé celui de l’induction, sur laquelle j’ai mon idée. On pourra dire que je suis à pied d’œuvre quand tous les matériaux (citations et commentaires) seront passés des fichiers numérotés aux fichiers portant comme titre la notion dont il y est question. Il est curieux de constater que ma façon de travailler est proche des idées que j’ai sur la question.  Dans le fichier croyance on trouve non seulement ce qui se rapporte à la vérité, mais aussi à la certitude et naturellement à l’opinion (atteint de synésite).

Mais ce n’est pas un sujet qui me passionne - mais il faut bien poser mon hypothèse gamma sur quelque chose, même si c’est un peu à l’écart de mes préoccupations majeures (j’allais écrire immédiates, mais Bergson m’a retenu). Oui, c’est encore une de mes bêtes noires.

Le plan de DIS n’est plus à jour.  J’ai commencé à le chambouler, en tentant de regrouper et d’ordonner la matière.  Après avoir bouleversé le plan, il faudra transposer les pans de texte et malheureusement faire bien attention aux hyperliens lors de la migration d’une page dans une autre.  Bon, je vais casser la croûte avec mes quatre convives obligés.  [à suivre, si le beau temps se maintient] schnauzer.

Circonspect (18)

19 septembre 2009

Ce n’est pas le cirque le plus drôle, mais on rentre dans ses frais. Deuxième journée productive, avec un petit incident de parcours - un fichier essentiel (le premier de DIS) effacé par mégarde et comme à l’heure où je m’en suis aperçu je n’étais plus comme le chat (merveille de la nature qui a des trous pour les yeux), mes yeux n’étant plus en face de mes trous ou était-ce l’inverse ?  - mais ma corbeille l’avait encore et j’ai pu le récupérer.

Oui, alors que tout évoluait selon le plan original, il s’est produit ce que je redoutais, c’est-à-dire l’effet champignon.  Au départ, à partir des 11 pages de notes (= 300 p. réelles), je transférais les citations/extraits portant sur une notion dans un fichier html portant le nom de cette notion, par exemple “sens-signification”.  Il a fallu faire deux recherches, résultat plus de 100 ko (= 30 pages papier).

En cours de route, j’ai d’abord fait une note d’écran (ces petits machins jaunes) pour ajouter à la compositionnalité frégienne appliquée au sens (page 3 du texte), puis j’ai décidé d’ouvrir des fichiers-tri en plus grand nombre, ce faisant le risque de perdre le fil devenait exponentiel.  Je viens de faire la liste, manu militari, j’en ai dix, en plus du premier, sur les principes non sémantiques et du second, sur le sens.

Ces deux fichiers seuls vont bousculer le paysage des trois premières pages (en les multipliant par deux).  Le dernier accroc au plan d’origine a consisté à copier les notes directement dans la page 1, au sujet des rapports de la pensée et du langage.  Wittgenstein n’y retrouverait pas ses petits.

La liste actuelle, en dehors des fichiers signalés ci-dessus, compte l’abstraction (qui regroupera la discussion de la généralisation), le cognitivisme (simple information sur des recherches contemporaines, trouvées sur le web, auteurs cités politesse oblige - je ne suis pas opposé au cognitivisme mais je n’y assimile pas mes recherches), la compréhension (au sens de je n’entrave que dalle), la croyance (pour l’hypothèse gamma), la dénotation/connotation (au sens de Stuart Mill), la définition (un coup de brosse à reluire à nos glorieux lexicographes), l’implication (faut bien), l’inférence (essentielle, mais pas la discursive que recense les cognitivistes dans les textes), les schèmes (très en vogue au tournant du siècle [celui d'avant, Bergson en tête]), le syllogisme (pour mémoire, car finalement ce n’est pas Russell [son rôle a été décisif, toutefois] qui a transformé le syllogisme en hypothétique implicative, mais ce cher Stuart Mill - j’avais hésité à la lecture des logiciens de l’époque, guettant celui qui sortirait du moule, or l’enthymème, traditionnellement, était un syllogisme à deux propositions [une prémisse est sous-entendue]).

Cuvillier ne fournit pas la prémisse manquante, pour l’enthymème suivant: L’homme a des droits, donc il a des devoirs.  Qui ose se risquer…

Autrement, la chinoise que j’avais baptisée Sine qua non est toujours à l’atelier.  La HP est un peu lente, mais je ne suis pas pressé. [à suivre] schnauzer.

Contretemps divers (17)

17 septembre 2009

C’est un réflexe, je regarde dans le dictionnaire. Curiosité maladive, mais qui réserve parfois des surprises ou des failles. Ici on peut parler du réflexe du mot composé, et la découverte n’est pas dans le fil.  La question se pose, si un contretemps « nuit au succès d’une affaire », comme dit mon informateur d’il y a presque cent ans, est-il toujours fâcheux ET imprévu ?

La question est-elle digne du Petit Robert ?  Contretemps, là encore.  Il réclame son cédérom, alors qu’il est installé sur le disque dur.  Et la réponse est non.  Chez le descendant de Paul Robert, Alain Rey et Josette Rey-Debove, fâcheux n’apparaît que comme collocation, c’est-à-dire, dans ce cas, comme exemple.

Le premier contretemps était d’ordre intellectuel.  La phase lecture terminée, je pouvais me mettre au travail, non ? Eh non. J’avais la même sensation qu’en 86 quand j’essayais de me représenter la teneur de ma thèse. Ce n’était pas un effet de ma dépression, à ses premières heures, car certains membres du jury que je ne nommerai pas (la Sorbonne conserve) semblaient la partager (pas ma dépression, ma sensation d’ingérable).

Dans leur cas, je crains surtout que ce soit le refus de se taper un tapuscrit particulièrement long et traitant d’idées contraires aux leurs (pour les deux plus hostiles, je n’avais effectivement pas été tendre en ce qui concernait leurs points de vue respectif).  Alors on règle ses comptes quand on en a le pouvoir et quand on a le pouvoir.

Bon, un autre épisode d’ecmnésie. Dans la logique d’une dépression, tout est recyclable. Revenons aux moutons (ou aux boutons). Contretemps temporel également. Je devais aller à Montréal vendre des disques pour boucler le budget du mois (encore deux mois et demi et je serai obligé de puiser dans les réserves). De toute façon, je suis condamné à moyen terme.

Le jour qui a suivi le retour a été faste pour la « gestion intellectuelle », après un début timide dans la révision des trois premières pages (il y en a treize dans le plan) et le contenu varie (dans l’état actuel) entre 32 ko et 100 ko, avec le gros des pages autour de la cinquantaine.  Faste, indeed, parce qu’un peu rapide aussi. J’ai commencé à envisager la marche à suivre et j’ai fait ma première page de notes thématique.

Entendons-nous, il y a onze pages web de notes, d’environ 100 ko chacune.  La première thématique veut dire que j’ai regroupé sur une page (web, toujours) tous les extraits/citations se rapportant à une notion. Grâce à TSW Webcoder, la recherche sur l’ensemble des pages ouvertes s’est faite sans problème.  Je suppose que je me suis mis au travail à la suite de la découverte que j’avais faite avant de partir pour Montréal.  Comme je dormais mal (c’est souvent le cas quand je dois me lever à une heure donnée), je m’étais mis à imprimer les « pages ».

Découverte stupéfiante. Il y a dans mes onze pages web 300 pages papier.  En effet, il y a en effet environ 30 pages (comptées par l’imprimante) par page (je ne sélectionnais que la partie « contenu »).

Puis, dernier contremps, après un téléchargement d’une mise à jour, je me suis dit que ce serait une bonne idée de confier à IDM (accélérateur de particules internet) les téléchargements faits avec Chrome de Google.  Mal m’en pris.  Après m’être conformé à l’instruction donnée par leur rubrique option, IDM m’a avisé qu’un redémarrage était nécessaire.  Et la machine est chez le réparateur depuis.

Je me sers de ma machine de secours en ce moment.  Elle m’est effectivement d’un grand secours.  Alors devinez quoi… Je vous le donne en mille, pas de téléchargement IDM pour Google.  Je ne sais pas encore qui est responsable, mais il n’est pas impossible que ce soit une faiblesse de Windows (Windows est très susceptible quand on le traite comme un vulgaire DOS, en refusant de se mettre en rang).  J’avais récemment décidé d’opter pour une configuration non-Windows, parce que la « configuration personnelle » (Firefox et Thunderbird) avait été détournée par Internet Explorer 8.

Alors, avec philosophie, j’attends la prochaine tuile.  [à suivre, par détermination anti-déterministe] schnauzer et ses chiens [tiens, deux allusions littéraires en deux livraisons, ça ne tourne pas rond.]