19 juillet 2010

Après l’espèce de séisme qui a lézardé mon bel édifice, je tente non pas vraiment de recoller les morceaux, mais de combattre la dénotation sur le terrain que je lui ai cédé dans mon désir de moucher les tenants du sens de la phrase.

Il ne fait aucun doute que si l’on admet la primauté de la référence dans le langage, le grand perdant est le sens.  D’une certaine façon, on peut avancer que c’est illogique.  Ne faut-il pas comprendre le mot avant de pouvoir lui trouver un référent dans la situation ?  Je me place encore ici, comme toujours, du point de vue du récepteur, du lecteur, de l’interprète.

Si quelqu’un me dit (admettons que Lexis soit quelqu’un) la phrase de Duras  :  “elle eut un sourire d’une hypocrite timidité”, (et qu’il y a quelqu’un dans le coin qui sourit timidement), mon regard se portera sur le sourire pour en juger la fausseté.  Le référent est donc second.  Le sens est premier.  Mais me direz-vous, ce n’est que par un tour de passe-passe qu’on donne au mot sourire un sens, car il s’agit bien d’un phénomène physique (musculaire).  Bien sûr, il n’est pas question de soutenir que la dénotation est la partie stable du sens, même si le mot colonne désigne une chose physiquement stable (bon, seule, elle peut osciller).

Rastier a beau ricaner à propos de la spatialité dans les sciences cognitives, si l’on ne construit pas les rapports dont il est question, on n’y verra que du feu.  Ou comme Saussure on n’y verra que les deux côtés d’une feuille de papier.  Sans me mêler de perception, entre la forme sourire (entendue) et la représentation SOURIRE (référent), il y a sa description (puisqu’il n’a pas de sens en tant que mouvement des lèvres, mais uniquement en tant qu’usage social), car c’est une action perceptible, donc le terme qui la désigne est doté de dénotation (classe des sourires).  Il n’y a pas deux parties du signe, pas plus que la philosophie ne tourne autour d’un couple unique formé du sujet et de l’objet.

L’objet sourire qu’il soit ou non timide ou hypocritement timide est déjà complexe, avant que je le constate [le = le sourire].  Forme-description (objet intérieur au sujet)-dénotation-désignation-réalité-représentation (en trois temps, sourire-classe, sourire perçu [désigné], objet cognitif-sourire).

Et je ne suis pas sûr d’avoir fait scrupuleusement le tour.  On comprend peut-être mieux pourquoi il faut faire un dessin.  On n’est jamais sûr de son fait.  Regardez Frege qui croyait que les noms propres avaient un sens…  Il y a une maigre consolation dans tout cela :  sens ou référence du nom propre, priorité à la dénotation ou pas, sans le sujet, il n’y a pas de signe, donc point de chant.  schnauzer

 
 
3 juillet 2010

Acte de présence plutôt.  Je viens d’apprendre sur la page Oueb de Libé qu’un père de famille s’était suicidé après avoir tué toute sa famille… et qu’il était sous antidépresseurs.  Je me suis aussitôt demandé quelle marque et quelle dose et les prenait-il régulièrement ?  Moi-même, surdosé, si je les prends au moins toutes les vingt-quatre heures, je ne suis pas chronométré.

Sans faire de mauvaise publicité, je prends une marque d’origine danoise.  Le surdosage n’a pas d’autre effet négatif que le vertige et les pertes d’équilibre (physique), mais il ne fait que contribuer à l’effet général des autres médicaments 1) hypertension (2 types), 2) goutte, 3) sommeil (2 types) avant le dodo.  Le clonazépam est en dose minime (je n’ai jamais été tenté de doubler), mais avec l’hydrate de chloral la tentation, en cas d’agitation, est souvent trop forte et j’ajoute une cuillerée (2,5 ml), mais pas ces temps-ci.

L’idéation suicidaire est variable.  Mais trop souvent je revis des épisodes pénibles (à l’état de veille comme en rêve, c’est-à-dire en cauchemar).  Je dirais comme le poète, il n’y a pas de rêve heureux.  Mes schnauzers sont mes meilleurs antidépresseurs, même si quelquefois leur enthousiasme m’excède.  Je prends la grosse voix ou je tape dans mes mains pour les rappeler à l’ordre.  Ils prennent alors un air qui va du perplexe à l’inquiet.  Comme toute peine mérite salaire, ils savent que je finis par leur donner quand même leur récompense.  La conséquence des enfants gâtés (drôle de tournure) c’est leur tyrannie.

Je pense en outre que le garçon aîné devient un peu sourd et ne se rend pas compte qu’il aboie très fort, sa soeur (même portée), elle, ce sont les cataractes.  Ils ont douze ans, suivi par Zoé, onze ans et Moustache, dix ans et demi.  Même famille.  Le vétérinaire prétend qu’ils sont gris, mais il n’y a pas de schnauzers gris.  En réalité ce sont des poivre et sel qui passent le plus clair de la journée dehors quand le temps le permet (et que je ne dors pas pour chasser les idées noires qui reviennent au galop).  Ils ont en fait une couleur argentée, sauf Zoé qui est moins portée sur le plein air.

Leur cousin américain (qui figure sur ma photo) qui nous a quitté il y a sept ans était poivre et sel, mais il a vécu en appartement à Montréal jusqu’à l’âge de neuf ans ; nous sortions trois ou quatre fois par jour (et même la nuit), mais on ne voyait pas souvent le soleil.

J’ai entamé la collecte et l’analyse d’un corpus de phrases pour essayer de vider la question de la dénotation.  Cela ne se fera pas sans mal, car il est parfois très difficile de départager a) le notionnel du sens et même b) la dénotation matérielle du sens quand il s’agit de verbes, décrivant notamment des actions.  C’est pourquoi j’ai mis à jour le sagittal des relations (leur représentation sous forme de sémiogramme fléché), modèle graphique des catégories cognitives de l’ancienne grille d’intelligibilité.  Le sagittal des relations est ici sur la page “relation”.  Je dois m’assurer que “sens et dénotation” comporte aussi celui des catégories.

Oui, c’est le travail, comme une taupe, qui me sauve sans doute.  Allusion à ma forte myopie d’enfance, que le chirurgien m’opérant des cataractes a réglé en plaçant des lentilles dans l’oeil.  Je porte quand même des lunettes quand je suis devant l’écran de l’ordinateur (plus de télévision par économie).  Seul cet acharnement, malgré la propension à l’erreur quand je ne suis pas en forme [ce qui est fréquent], peut lutter contre les épisodes que je considère semblables à l’ecmnésie de l’hystérie :  surgissement irrésistible de situations humiliantes passées, à propos de rien.  schnauzer

 

Dans la premier billet portant le titre (sans le bis), je voulais évoquer le fait qu’en se relisant on en apprenait davantage souvent qu’à battre la campagne en quête d’une solution.  En effet, il est matériellement et intellectuellement impossible d’avoir en tête tout ce qu’on a (soi-même) écrit sur un sujet, surtout sur une période aussi longue que trente ans, malgré ou à cause de laps abyssaux (sots ?).

Mais je me suis aperçu en retournant à l’examen que j’ai fait de la phrase, que je devais aussi prendre le titre au pied de la lettre :   les deux pages écrites sur la question contenaient à défaut d’autre chose une ample collection de coquilles, de répétitions et de segments incompréhensibles.  Je sais que les médicaments que j’absorbe ont pour effet le vertige parfois, mais il faut croire que celui-ci a des conséquences cognitives.  Problème d’attention ?  Je commence une phrase et j’en termine une autre ?

De toute manière, il faudra repasser (comme disait ma mère).  Je ne vais pas en rester là, et je veux si possible étendre le corpus et passer en revue le plus grand nombre d’exemples et de noms, verbes et adjectifs, sans toutefois aller jusqu’à la nausée.

La difficulté que j’entrevois c’est la détermination non pas tellement de la dénotation ou du sens, mais bien comment trancher entre le matériel et le notionnel quand une définition est mixte, comme pour blanchâtre, = tirant sur le blanc.  Tirer n’est pas dénotatif, mais blanc… non, blanc est notionnel…

Le parcours sera semé d’embûches.  Mais blanchoyer = avoir un [reflet]R blanc.  Le R est le signe de la référence.  Du boulot en perspective.  Ah, j’oubliais.  Le texte 63 a été placé en complément à la page 2 de “Les phrases ont-elles un sens ?” À la prochaine.  schnauzer.

 

La question du sens directindirect est liée à la dénotation (au sens philosophique et non au sens que certains linguistes emploient imprudemment [cf. « Ensemble des éléments fondamentaux et permanents du sens d'un mot (par opp. à l'ensemble des valeurs subjectives variables qui constituent sa connotation). » (c) Larousse (PLE)].  Après l’examen de la question du sens de la phrase et la prise en compte, dans la théorie des opérations sémantiques, de la dénotation comme « Propriété, distincte du sens, que possède un terme de pouvoir être appliqué aux êtres ou aux choses qui composent l’extension du concept auquel il correspond »PLE 2001, il a semblé nécessaire de reformuler certaines notions intervenant dans la description du sens et de la référence.

Si le sens est indirect, son « indirection » s’explique mieux par le rôle de la dénotation que par l’existence d’un sens qui serait « direct ».  L’expression « sens indirect » devient pléonastique, comme il se définit alors par une dénotation indirecte ou une indirection de la référence (℟).  Si l’on admet qu’une des fonctions fondamentales du langage consiste à « parler du monde » (ce qui ne veut pas dire qu’il y ait nécessairement communication), il faut tenir compte du fait que la ‘feuille de papier’ est une indirection par rapport à celle de l’arbre, mais comme elle « désigne » également un objet matériel, il s’agit dès lors de « redirection », ce que traditionnellement on voyait en métonymie, à cause de la contiguïté spatiale, causale ou partie-tout [synecdoque] ou encore en analogie produisant des catachrèses.

On en a encore l’exemple dans l’acception de ‘mélange’ comme « résultat de de plusieurs choses mêlées ensemble » qui est une indirection par rapport à celle de « action de mêler », mais comme elle, elle « désigne » également une action matérielle.  Il s’agit donc d’une « redirection »  L’indirection qui permet le sens n’apparaît que dans ‘bonheur sans mélange’.  C’est également le cas du verre d’eau (redirection :  l’eau dans le verre) et du verre de plastique (redirection de matière).  L’indirection —le sens— n’apparaît que dans ‘boire [prendre, payer, offrir] un verre’.  Dans le cas de la ‘minerve’, on a avec l’appareil orthopédique une redirection dénotative et avec l’expression de Rousseau « Fatiguez leur minerve » ≍ {intelligence | esprit} une véritable indirection, c’est-à-dire un sens ;  le deuxième graphique illustre le cas de ‘ressort’ d’après l’article du Petit Larousse 1918.  La page “Sens et dénotation” compte un graphique de plus.  schnauzer

 

Et les avantages de l’ordinateur.  Commençons par celui-là :  sans lui je serais toujours en train de relire le millier de feuillets que doit compter mon site, à la recherche des expressions « sens direct », « sens indirect ».  En trois jours j’ai pu pourchasser les expressions en question et corriger l’impression qu’elles donnaient.  Non pas qu’elles soient entièrement fausses, mais la nouvelle perspective permet de mieux situer les notions (je ne parle jamais de concepts quand je parle de mes idées, sans doute de la fausse humilité).

Il faut aussi parler des vertus de l’éditeur xhtml dont je me sers comme d’un traitement de texte désormais depuis quatre ans.  Je me sers en ce moment de la version bêta 3 du prochain TSW WebCoder 2010.  Il parcourt 138 fichiers pour y effectuer la recherche le temps de le dire.

Cette recherche a donné lieu au billet qui suit, c’est-à-dire 63 (la fausse spatialité donne le vertige).  Mais j’ai également découvert que cela faisait un sacré moment que les notions en question faisaient l’objet de ruminations.  Et dire que le point de départ était une condition de la toute première règle d’interprétation sémantique mise au point entre 1980-82, dite « real world condition » (condition du monde réel), à propos de l’interprétation des locutions (salad days et jeter l’éponge, par exemple).

Le texte suivant est un concentré des diverses notes et mises au point qui ont été ajoutées dans les divers textes du site.  Le remaniement du modèle sémiocognitif [du schéma] (pour permettre le parallélisme dénotation-sens en première phase) se fera plus précisément dans le dernier modèle mis au point dans « De l’inférence sémantique ». schnauzer

 

Je parle naturellement de la question que je posais.  Depuis le dernier “billet”, comme disent les journalistes, j’ai planché sans désemparer.  Le résultat se trouve sur le site, même s’il fait l’effet d’un mouton noir.

Ou plutôt d’un loup déguisé en brebis.  Aucune crainte.  Je ne suis pas devenu frégéen, mais la théorie des opérations sémantiques doit maintenant, en l’espèce de son dernier grand texte (je parle de la taille), faire l’objet de retouches.  Heureusement, pas de remaniements majeurs.  Le modèle sémiocognitif en 3 phases ne bouge pas dans ses grandes lignes ni dans ses catégories ni dans ses principes d’ailleurs.  Ce qui change, c’est l’ordre des opérations en fonction de la nature des formes.

Je continue à penser que la tâche primordiale de la sémantique est la description des manifestations du sens, mais je ne fais pas machine arrière pour adopter une définition qui a cours depuis une vingtaine d’années au moins, sinon plus :  je ne fais pas de la dénotation la partie stable et fondamentale du sens d’une unité lexicale qui s’opposerait à la connotation.  Cf. « Ensemble des éléments fondamentaux et permanents du sens d’un mot (par opp. à l’ensemble des valeurs subjectives variables qui constituent sa connotation). »  (c) Larousse. (1996)  Repris dans l’encyclopédie Multimédia Hachette.

Si la sémantique sous l’effet de l’intrusion de la dénotation subit un effet « peau de chagrin », son champ n’en sera que mieux délimité.  Dénotation est alors à l’intérieur du phénomène plus général de la référence ce qu’avaient compris les philosophes, c’est-à-dire dans l’extension, l’identification de la classe à laquelle appartient un objet, que la langue courante considère comme la désignation, mais qui s’en distingue aussi, puisque la désignation est l’élection de l’objet réel (matériel) correspondant à la classe.  Dans le nom propre, généralement les deux se confondent.  Pour prendre un exemple connu, Vénus dénote la classe des planètes et désigne la deuxième planète du système solaire.

Vesper a le même référent, ainsi que l’étoile du soir et l’étoile matinière.  En effet, rien n’est simple dans le langage.  Frege voulait un objet idéel à côté d’un objet matériel, mais de ces objets, seul le matériel est distinct de sa représentation.  Le référent du génie qui supplée l’expérience est déjà de l’ordre de la représentation (objet de pensée ou objet cognitif).  C’est en quelque sorte ce qui sauve le sens de la ruine.  Non pas que l’objet notionnel soit le sens, mais qu’il l’oblige à se manifester.  L’expérience et le génie de mon exemple tiré du Petit Larousse de 1918 ont une dénotation notionnelle, mais elle ne s’explique que par une définition sémantique, c’est-à-dire sans contrepartie matérielle. Voir les graphiques correspondant dans la page Sens et dénotation ici même (marge de gauche).

On notera cependant que l’emploi comptable d’expérience puisse avoir un référent réel :  une expérience (sans nécessairement appartenir au domaine physique ou chimique), soit dans « vivre une expérience pénible ».  D’où ma suggestion que l’indirection (la négation de la dénotation) soit un phénomène de contexte verbal :  le syntagme et plus spécialement la sémiotaxie qui livre le paramètre qu’est la locution.

Ce que n’a pas noté Frege c’est que l’étoile matinière n’a pas la dénotation astronomique de la classe des corps célestes en question.  À distinguer de sa classe dans la langue courante où le Soleil perd sa dénotation d’étoile !  L’étoile avec ses syntagmes spécialisés se prête amplement à la démonstration que le sens se porte bien malgré l’apparition envahissante de la dénotation.

Si les phrases n’ont pas de sens (c’est-à-dire qu’elles ne sont pas des objets sémantiques), la dénotation permet au moins de couper les mots en quatre.  À la prochaine.  schnauzer.

 

Comme je viens de terminer la révision de la Sémantique restreinte sur le site, et que je ne suis pas pressé de me lancer dans un de ces marathons de forcené que j’ai l’habitude d’entreprendre, je me suis dit que je spéculerais sur les conséquences d’une observation faite il y a longtemps, mais dont les effets m’effraient.

Normalement, la phrase, je la laisse à la syntaxe ou à la pragmatique et à l’Énonciation.  La phrase est quelque chose dont se servent les parlant-la-langue, les locuteurs.  Le titre de cette livraison est une phrase en bonne et due forme.  On connaît la tradition qui veut que la phrase se caractérise par un sens complet.  C’est apparemment le cas de ce premier exemple :  le génie supplée l’expérience.

C’est aussi le cas de celle-ci, signée par un Prix Nobel :  La bouteille d’eau minérale est sur la table. Comme à mon habitude, je prends mes exemples dans les dictionnaires, la bouteille vient de Lexis et le génie de mon Petit Larousse de 1918.  Ces deux phrases ne sont pas également sémantiques si l’on revient à cette observation qui me gênait déjà en 1979 et plus encore en 1987, quand j’ai fait une “description sémantique” de plateau.

Je disais à cette époque travailler sur des descriptions lexicographiques (les définitions) pour en tirer le sens. Ce qui me gênait déjà c’est que plateau est une chose et a priori une chose n’a pas de sens [au sens de la sémantique], même le nom d’une chose pas de sens (sauf si vous parlez de son étymologie), à moins que sens ne veuille rien dire.  Cette gêne m’a graduellement poussé à abandonner l’idée qu’il puisse y avoir des sèmes avec pour résultat le rejet de toute démarche rappelant l’analyse sémique.

Aujourd’hui la définition qu’on trouve dans un dictionnaire, ses acceptions, ses emplois, qu’on dit couramment être des sens ne le sont pas à proprement parler :  on a, comme c’est le cas dans le langage ou la langue, un produit mixte, où on trouve des éléments d’information (ou de connaissances), des éléments de description et, bien sûr, pour que subsiste la sémantique, des (quelques) éléments de sens.  En réalité, bien sûr, le lecteur du dictionnaire a devant lui des mots, dont la plupart sont organisés en phrases explicatives ou illustratives (jusqu’au citations très littéraires du Robert et du TLF).

Mon propos n’est pas de disserter sur les articles de dictionnaire, mais de comparer les deux structures SVO données en phrases-exemples (expression qui me vient des lexicographes du Bordas du français vivant).  Pour une discussion plus approfondie, je serai obligé de vous envoyer sur le site (la page n’y est pas encore), car il me faudra travailler avec des tableaux et des graphiques, comme rien n’est réellement simple quand il s’agit de la langue et, qui plus est, du sens.

D’emblée on peut cependant comparer les deux exemples :

La bouteille d’eau minérale est sur la table.

Le génie supplée l’expérience.

Viennent à l’esprit les catégories d’abstrait et de concret.  Mais s’agit-il vraiment de cela ?  Ajoutons deux autres exemples :

Les Stoïciens refusaient de voir un mal dans la douleur.

L’erreur est inhérente à l’esprit humain.

Bon. À la prochaine.  schnauzer

 

Suite de 58.

—  Le sens composé présente autant de difficulté que Pierre Larousse en voit dans le sens divisé :  dans la phrase « le faux jeton versait des larmes de crocodile », seuls verser et larmes peuvent être considérés comme ayant leur sens propre, mais rien n’est sûr.  Il peut parfaitement s’agir de faux-semblants.  Comme exemple de sens divisé, sauf à être convaincu du mouvement perpétuel, la phrase est incomplète (cf. en même temps.  Il n’y a aucune raison de diviser quoi que se soit, et surtout pas le mouvement (sophisme célèbre) :  ce n’est pas tant qu’elle soit fausse, mais si vous désarticulez la phrase, vous risquez de perdre ce qui la lie, l’expression d’une contradiction.  Il aurait pu prendre celle-ci :  « les contradictoires sont impossibles ».

—  J’ai oublié dans quelle langue saint Matthieu est censé avoir écrit son évangile, mais il y a fort à parier que les contraintes de la langue d’origine ont ici un rôle.  Et je ne crois pas qu’Aristote ait lu saint Matthieu (ce serait un parachronisme), comme Pierre Larousse le faisait remarquer :  « Il est vrai qu’Aristote ignorait le latin », à propos du brûlot de Th. Reid contre le Stagirite.  Je suis effectivement très divisé quant à la signification des «  boiteux qui marchent ».  Nicole (Port-Royal) donne plus complètement :  « Jésus-Christ dit, dans l’Évangile , en parlant de ses miracles :  Les aveugles voient , les boiteux marchent droit, les sourds entendent ».  Son exemple de sens composé est intéressant :  comme quand saint Paul dit que les médisants, les fornicateurs, les avares n’entreront point dans le royaume des deux ;  car cela ne veut pas dire que nul de ceux qui auront eu ces vices ne seront sauvés ;  mais seulement que ceux qui y demeureront attachés, et qui ne les auront point quittés, en se convertissant à Dieu, n’auront point de part au royaume du ciel.  On le voit, il s’agit moins de sémantique que d’herméneutique.  Comment interpréter favorablement la parole divine.

—  Quant à l’effort que fait Pierre Larousse pour donner autre chose que de l’exégèse biblique, il fait une extrapolation bien osée en prêtant au cordonnier une culture que même la cour d’Alexandre le Grand (IVe siècle av. notre ère) ne devait pas favoriser :  je reprendrai l’exemple pour illustrer ce que j’entends pas signification, car le sens divisé, si l’on passe outre le sophisme qu’il est, est proprement un jugement de valeur sur le sens des syntagmes réunis dans les limites de la phrase.

Selon Alexis Bertrand dans son Lexique de philosophie (1892) il s’agit là du sixième sophisme selon la Logique de Port-Royal :  Passer du sens divisé au sens composé, ou du sens composé au sens divisé (fallacia compositionis, divisionis, illusion de composition, de division).  Confirmé par la citation de Nicole plus haut (p. 232, de l’éd. Charles Jourdain de 1854).  Mais Gardeil (1964), thomiste, situe ces sophismes verbaux (comme les autres, Fallacia extra dictionem) chez Aristote, dans les Topiques.

Pour Pierre Nova, dans son Dictionnaire de terminologie scolastique (1885), l’artifice de composition est un sophisme qui consiste à accorder en même temps à un sujet des attributs qui ne lui conviennent que séparément, ou à admettre des propositions conjointement vraies, alors qu’elles ne sont vraies que prises séparément.  Ex.  « Vous avez mangé ce que nous vous avons donné or, nous vous avons donné un lapin vivant ;  donc vous avez mangé un lapin vivant. »

Une proposition est prise dans le sens composé lorsque l’attribut convient au sujet qui reste tel qu’il est énoncé dans la proposition ;  au sens divisé lorsque le sujet ne reste pas tel qu’il est énoncé dans la proposition.  Ex.  « Le pécheur peut être saint. »  Cette proposition est vraie dans le sens divisé, parce qu’alors elle signifie que le pécheur cessant d’être tel et étant converti peut être saint, mais elle est fausse au sens composé parce qu’alors elle signifie que le pécheur restant tel peut être saint.  Ou encore une proposition est vraie au sens divisé lorsque l’attribut convient au sujet suivant une certaine relation ou hypothétiquement.  Ex.  Le paralytique ne peut marcher, dans l’hypothèse qu’il ne soit pas guéri une proposition est vraie au sens composé lorsqu’elle ne sous-entend ni relation, ni hypothèse.  On dit encore qu’une proposition est vraie au sens composé lorsqu’elle est déduite d’autres propositions.  Les propositions de sens composé et de sens divisé sont des propositions modales, qui expriment la manière dont l’attribut est affirmé du sujet.  Si un nom unit le sujet tel qu’il est à l’attribut, la proposition est de sens composé ;  si le mode est exprimé par un adverbe ou un adjectif unissant à l’attribut le sujet non pas tel qu’il est en général, mais tel qui se trouve actuellement, dans un temps déterminé ou sous une certaine relation, la proposition est de sens divisé.  Cf. Divisionis fallacia.

—  Grosso modo, le sens « composé » (qui ne l’est pas vraiment, puisque les mots conservent toute leur signification) correspond à un énoncé général :  « la terre a besoin d’eau) » et le sens « divisé » (qui ne l’est pas plus que l’autre n’est composé) se rapporte à une situation :  « la bouteille d’eau minérale est sur la table » ;  « ce commerçant est une fripouille ».

Edmond Goblot, dans son Vocabulaire philosophique (1901), joue avec des produits toxiques et il ne s’agit pas de sens figuré.

Fallacia divisionis —  Erreur résultant des propositions complexes dans le sens, et consistant à passer du sens composé au sens divisé.  Ainsi de cette proposition :  « La strychnine est un poison », conclure qu’il faut s’en abstenir absolument, c’est une fallacia divisionis, car la proposition, incomplexe en apparence, est complexe dans le sens, et signifie :  La strychnine, prise hors de propos et à dose excessive, est un poison.

—  Pourquoi ne pas continuer sur sa lancée et proposer une paraphrase comme celle de Jefferson, à propos des révolutions (comme des petits verres) :  Une petite dose de strychnine de temps en temps ne peut pas faire de mal.  Même à dose homéopathique, je ne la recommande à personne.  Le sens n’est plus composé, on l’a vu, mais complexe, et tellement qu’on perd le sens commun :  « Alcaloïde extrait de diverses espèces de strychnos, mais également obtenu par synthèse, qui est un poison violent dont l’absorption provoque la contracture des muscles et entraîne la paralysie respiratoire. » (TLF).  Ses grandes qualités de logicien ne font pas de lui un très bon médecin pas plus qu’un pharmacien recommandable.

En logique, poursuit Goblot, on appelle terme complexe un sujet ou un attribut formé de l’assemblage de plusieurs idées, mais ne faisant néanmoins, dans la proposition, qu’un seul terme.  Ex. :  « Un homme prudent. »  L’addition qui se fait ainsi au terme simple peut être soit une explication (le triangle, qui est un polygone de trois côtés), soit une détermination (le triangle qui est inscrit dans une demi-circonférence).  L’addition déterminative est souvent sous-entendue ;  on dit alors que le terme est complexe dans le sens.  Quand nous disons :  « le président de la république », nous voulons dire ordinairement l’homme qui est présentement président de la république française.  Il faut donc faire attention si les termes sont pris dans le sens divisé ou dans le sens entier, et éviter les paralogismes a diviso ad integrum et ab integro ad divisum.  Les propositions complexes sont de deux sortes :  1° Complexes dans les termes; ce sont celles dont le sujet, ou l’attribut, ou l’un et l’autre, sont des termes complexes.  2° Complexesdans la forme ;  celles-ci s’appellent propositions modales.

—  Contrairement à ce qu’il indique, une phrase où apparaît le syntagme Président de la République pose rarement un risque de sophisme, tant dans la production que dans la réception du discours, contrairement au roi de France qui est chauve, comme on le sait.  On remarque d’ailleurs que contrairement à Goblot, je suis l’usage quant aux capitales.  Exemple d’un emploi général, emprunté à une source digne de foi :  En France, le Président de la République est le chef du pouvoir exécutif.

Faut-il remonter à Aristote, même s’il ne savait pas le latin ?  —  schnauzer Bientôt :  les phrases ont-elles un sens ?

 

Voici en avant-goût ce que dit le Trésor de la langue française :  Log., vx. Sens divisé.  Sens dans lequel est pris un adjectif ou un substantif, quand on l’applique à un être auquel il a déjà cessé de convenir. Quand Jésus a dit :  Les aveugles voient, il a voulu dire :  ceux qui étaient aveugles voient ; il a donné à ses paroles un sens divisé (Lar. 19e, Nouv. Lar. ill.).

Les définitions et commentaires qui suivent sont de Pierre Larousse et sont tirés du Grand dictionnaire universel du XIXe siècle (1866-1877 [par l'entremise de Gallica]).  Mes remarques suivront, précédée d’un tiret cadratin ( — ).

Sens composé.    C’est le sens qui résulte de tous les termes d’une proposition pris selon la liaison qu’ils ont ensemble, et de telle sorte que tous ces termes conservent leur signification propre dans toute l’étendue de la proposition.

Sens divisé. Ici les termes de la proposition ne conservent pas à tous égards leur signification propre ;  ils ne la conservent qu’en un certain sens et avec restriction.  La différence, assez difficile à saisir, qui distingue le sens composé du sens divisé sera éclaircie par les exemples suivants, tirés du Dictionnaire d’élocution.  « Une chose qui se meut ne peut pas être en repos. »  Si l’on considère à tous les égards la signification dans laquelle tous ces termes sont employés, cette proposition se trouve vraie et elle est dans un sens composé ;  mais si l’on considère qu’une chose qui se meut a pu être en repos auparavant et qu’elle y peut être ensuite, si l’on divise et l’on distingue la signification des termes de cette proposition, elle se trouve dans le sens divisé et elle est fausse.  Quand saint Matthieu dit que les boiteux marchent, que les aveuglent voient, si l’on prenait ces termes dans le sens composé, il y aurait de l’absurdité ;  mais si l’on divise leur signification, si l’on entend pas aveugles et boiteux ceux qui l’étaient et qui ont été guéris, la proposition est vraie.  Lorsque le peintre Apelle disait à un cordonnier, blâmant la jambe d’une de ses figures, qu’un cordonnier devait se mêler seulement de chaussures, il avait raison dans le sens composé de sa proposition, en ne considérant celui à qui il parlait que comme cordonnier ;  mais dans le sens divisé, en tant que ce cordonnier pouvait avoir des connaissances au-dessus de son métier et juger sainement un tableau, Apelle avait tort.

Pour mémoire, Sutor ne supra crepidam ou Ne sutor ultra crepidam (Pline, Histoire naturelle)  —  Les pages roses (1918) font état d’une sandale comme objet de la critique.

—  Naturellement, on ne sait pas d’où vient l’essentiel de ces passages.  Ils sont donnés à l’article sens, ce qui est déjà une mise en garde implicite, car il ne s’agit pas du tout de sens, même si vous l’écrivez en latin.  Il s’agit d’interprétation.  Et qui pis est, d’origine aristotélicienne ou aristotélique, comme on disait aussi.  Je cite ma source plus loin.  On ne peut pas affirmer qu’il y a un sens divisé, pas plus en réalité qu’il n’y a de sens composé (malgré la thèse absurde et arithmétique des compositionnistes, qui suppose quelque part une équation).  On notera (sans connoter) que je n’ai plus de doute sur le rôle de Kant dans cette histoire (5+7=12), si Aristote est le premier à avoir pensé dans ces termes. À suivre.  schnauzer

 
 
29 mai 2010

Un retour sur moi-même (je suis un adepte des seconds mouvements, quitte parfois à tourner en rond) m’a permis de trouver la connotation dans le Lexique de terminologie scolastique de Pierre Nova (1885), malgré l’indication précédemment donnée.  Il fallait chercher sous le verbe pour trouver le nom.  Je cite donc :

“Le verbe connotare signifie désigner une chose à l’aide d’une autre, n’avoir pas de signification propre, mais réclamer, pour cela, le secours d’un autre terme.  Les choses connotata sont les corrélatifs qui se supposent mutuellement.”

La suite, malheureusement, semble être passée par le moulin de Port-Royal :

“Les connotatifs ou adjectifs sont des termes qui désignent la manière d’être de la substance.  Ex. :
Petit, grand.

Ma remarque me vient de l’expérience que je viens d’avoir avec mes fouilles sur le sens composé et le sens divisé, dont je parlerai ensuite, mais en citant abondamment, car, comme dit Pierre Larousse (ou son collaborateur), la chose est “assez difficile à saisir”.

Cette difficulté tient en grande partie au temps (pas le temps verbal, celui qui s’écoule) et à la manière parfois elliptique dont se fait la transmission.  Je ne m’attarderai pas outre mesure sur ces antiquités (vraiment), mais elles contribuent à leur manière à re-poser plus clairement la question du sens de la phrase ou mieux, quitte à vendre la mèche, du sens dans la phrase.  La prochaine livraison suit. schnauzer